Cette année, 248 sangliers ont été abattus par les gardes de l'environnement du canton de Genève, soit deux fois plus qu'en 2000. Un chiffre qui impressionne au premier abord.

Et pourtant. Gilles Mulhauser, directeur du Service des forêts, de la protection de la nature et du paysage, juge cette mesure insuffisante. «Sachant que nous avons encore quelque 300 sangliers sur le territoire genevois, il nous faudra encore deux à trois ans pour que nos efforts de régulation atteignent les objectifs fixés, soit une population de sangliers de 60 à 100 individus», analyse-t-il.

Tirs poursuivis

Dans cette optique, les tirs de régulation devront être poursuivis, relève le conseiller d'Etat Robert Cramer en charge de l'environnement, afin «d'équilibrer l'écosystème et la population animale».

L'accroissement du nombre de sangliers n'est pas propre à Genève, mais est un phénomène qui touche toute la Suisse, voire l'Europe. Hans-Jörg Blankenhorn, chef du secteur «faune sauvage» de la Direction fédérale des forêts, pense même que globalement, le nombre de sangliers abattus cette année en Suisse va encore dépasser celui de l'an passé (4063).

Le canton du bout du lac se distingue toutefois dans la manière dont il tente de contenir la population de sangliers sur son territoire. Il est vrai qu'il est le seul canton de Suisse à interdire la chasse depuis 1974. Ce sont donc exclusivement des gardes de l'Etat qui se chargent de «tirer» les bêtes en surnombre. Ils ne procèdent pas à des «battues», mais à des tirs sélectifs qui permettent de mieux cibler les efforts de régulation.

Les dégâts causés aux cultures de blé et de maïs, mais surtout à la vigne sont de nature à renforcer les mesures à l'encontre des sangliers. Selon Gilles Mulhauser, ils ont doublé en un an pour atteindre la somme de 650 000 à 700 000 francs. «Il est d'autant plus difficile de lutter contre ce phénomène que Genève dispose d'une polyculture et que les sangliers, omnivores, s'adaptent très facilement à un nouveau milieu et à une nouvelle source d'alimentation», estime-t-il.

Le maître mot, pour Robert Cramer, c'est de régler la question de façon «non conflictuelle», car il est vrai, chez les agriculteurs, c'est la grogne. D'où une grande concertation des milieux concernés pour agir. Peut-être que les filières souhaitées par le conseiller d'Etat écologiste pour récupérer la viande issue des tirs permettront-elles de contenir la colère des agriculteurs.