Commerce

A Genève, les magasins ouvriront trois dimanches par an

La population a accepté la loi sur l’ouverture des magasins à 52,53% des voix. La gauche et les syndicats déplorent une nouvelle dégradation des conditions de travail dans un secteur déjà précaire

A Genève, les commerces pourront ouvrir leurs portes trois dimanches par an ainsi que le 31 décembre durant une période test de deux ans. A 52,53% des voix, les Genevois ont accepté la loi sur l’ouverture des magasins, votée par le Grand Conseil en septembre 2018. Au grand dam des référendaires, la gauche et les syndicats, qui conditionnaient l’ouverture dominicale à la création d’une convention collective de travail (CTT) étendue, c’est-à-dire contraignante pour tous les acteurs de la branche, même les non-signataires. Ils regrettent le peu de visibilité accordé à cet enjeu, noyé dans la masse d’objets.

Victoire «à l’usure»

Genève votait pour la deuxième fois sur le sujet. Véritable casus belli, la CCT étendue était prévue dans le contre-projet à l’initiative «Touche pas à mes dimanches!», accepté en 2016, mais n’a toujours pas vu le jour. La CCT actuelle, signée en septembre 2017, est contestée par les syndicats. «La droite est passée en force, sans respecter le compromis voté par le peuple», déplore aujourd’hui Davide De Filippo, secrétaire syndical au SIT. A ses yeux, la vente est un secteur précaire, fortement touché par la digitalisation où les salaires sont particulièrement bas: «Ce vote affaiblit encore un peu plus la protection sociale des employés. Les patrons nous ont eus à l’usure.»

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Majoration de 100% pour les heures travaillées et jours de récupération: même sans CCT étendue, des compensations existent déjà, n’a cessé de clamer la droite au cours de la campagne. Selon elle, l’ouverture dominicale est une réponse au tourisme d’achat. «Cela apportera un peu d’animation à notre canton, à des périodes particulières de l’année», se réjouit Sophie Dubuis, présidente de la Fédération du commerce genevois. «Il faut penser aux commerçants qui subissent de plein fouet la concurrence de la France et aux étudiants qui ont besoin d’horaires flexibles», renchérit Jean-Luc Forni, député PDC. Il espère toutefois que le vote sera l’occasion de «repartir sur de nouvelles bases» pour mieux protéger la branche.

«Le provisoire risque de s’éterniser»

Pas sûr que la gauche soit prête à collaborer. «La confiance est rompue», dénonce Pierre Vanek, député d’Ensemble à gauche, qui ne croit pas à la période test de deux ans. «On sait bien que le provisoire risque de s’éterniser, d’autant que d’autres projets de loi encore plus libéraux sont dans le pipeline au Grand Conseil.»

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