Première femme à accéder à cette fonction, la libérale Martine Brunschwig Graf préside le gouvernement genevois depuis huit mois. Elue avec la vague monocolore de 1993, dans un exécutif qui comptait alors trois représentants de son parti, elle est aujourd'hui la seule rescapée, dans un gouvernement qui ne compte plus que quatre élus de l'Entente, face à un parlement désormais majoritairement à gauche. Parfois isolée – comme ce fut le cas avec le récent accord salarial avec la fonction publique qu'elle a refusé de signer au nom du gouvernement genevois – elle restera solidaire de l'ensemble du Conseil d'Etat en s'opposant à l'initiative de son propre parti demandant 12% d'impôts en moins pour tous. Interview.

Le Temps: Le 26 septembre, les Genevois voteront sur l'initiative libérale demandant une réduction des impôts. Vous êtes à la tête d'un des deux départements les plus coûteux de l'Etat. Quelle est votre position?

Martine Brunschwig Graf: Je ne suis pas favorable à cette réduction d'impôt, car j'ai des doutes sur l'efficacité réelle d'une telle mesure à l'échelle d'un canton. Je serais en revanche d'accord pour diminuer la progressivité de l'impôt, qui est trop forte à Genève, mais l'initiative libérale ne propose malheureusement rien qui aille dans ce sens. De plus, l'initiative diminuera les recettes de l'Etat de 150 millions, ce qui est évidemment délicat à gérer. Le vrai débat serait de proposer aux citoyens une diminution d'impôts en indiquant simultanément les économies à réaliser.

– Si l'initiative est acceptée, les économies d'impôts auront lieu en 1999 déjà. Comment le gouvernement que vous présidez élaborera-t-il le projet de budget 2000, qui sera remis au Grand Conseil début septembre?

– Aucune mesure n'est possible pour 1999, car le budget est en cours et le déficit n'en sera qu'aggravé. Pour le projet de budget 2000, les choix reviendront au parlement, car nous soumettrons un projet sur la base de la situation actuelle, c'est-à-dire sans tenir compte d'une éventuelle baisse d'impôt.

– On sent un climat antifiscal souffler sur Genève. A quoi l'attribuez-vous?

– Au vote du parlement notamment qui, dans sa récente discussion budgétaire, n'a pas manifesté une volonté d'efforts en faveur du redressement des finances et qui a eu la faiblesse de croire qu'une embellie était la fin d'une situation budgétaire difficile. La dette a pourtant encore augmenté de 400 millions, pour atteindre 11 milliards. Je l'attribue également à la signature, malgré mon opposition, d'un accord avec la fonction publique qui ne contient pas d'engagement suffisamment fort de la part des organisations du personnel en faveur des réformes de l'Etat, à propos du statut des fonctionnaires ou de la politique salariale.

– Durant votre première législature, vous étiez membre d'un gouvernement monocolore contenant trois libéraux. Vous en êtes aujourd'hui la seule rescapée, dans un exécutif où l'Entente ne dispose plus que de quatre sièges, avec un parlement majoritairement à gauche. Quelle différence cela engendre-t-il?

– L'art de la politique est d'obtenir des transactions et si je regarde la liste des projets déposés, les votes populaires me concernant (HES, taxes universitaires, parascolaire) ont été favorables, quelles que soient les conditions politiques. On a été extrêmement dur, à droite comme à gauche, avec le gouvernement monocolore. Les réactions référendaires ont été permanentes, même si je note que la situation perdure, voire s'aggrave, avec un gouvernement consensuel. Le gouvernement monocolore a, à tort, toujours tenté d'intégrer la composante qui n'y était pas représentée dans ses décisions, sans que cela ne lui procure aucune sympathie à gauche, mais beaucoup de reproches à droite.

– La Ville de Genève est aujourd'hui ancrée à gauche, et le nouvel exécutif communal semble faire de l'opposition au pouvoir cantonal un point essentiel de sa politique. Comment voyez-vous cette cohabitation?

– C'est le citoyen qui sera la victime d'une opposition Ville/Etat. La Ville est à gauche, car la proportion des gens qui y bénéficient des prestations est aujourd'hui supérieure à la proportion des gens qui en assurent le financement. On assiste à une «new-yorkisation» de Genève: les contribuables qui financent la Ville se domicilient hors de son territoire, et n'ont pas leur mot à dire sur les sujets essentiels.

– Mais c'est aussi le cas des étrangers, qui représentent plus de la moitié de la population active…

– C'est vrai. C'est la raison pour laquelle je soutiens le droit de vote des étrangers en matière communale, pour les communes qui le souhaitent.