A Genève, la rémunération des directeurs de régie publique, serpent de mer politique, est de nouveau sur le gril. Après la polémique sur des salaires supérieurs à ceux des conseillers d’Etat, qui touchent 300 000 francs par an, le MCG veut «mettre fin à l’omerta». Il a déposé un projet de loi pour plafonner les rémunérations et rendre le gouvernement responsable de les fixer. Exposé jeudi soir au Grand Conseil, le texte a été renvoyé en commission ad hoc du personnel. Il devrait y recevoir un accueil mitigé.

Lire également: Réforme de la grille salariale de l’Etat: Genève tente un nouvel essai

Fin janvier, la chaîne locale Léman Bleu révélait les dysfonctionnements constatés par le Service d’audit interne de l’Etat au niveau de la rémunération des directions des établissements de droit public en 2019 et de l’octroi d’indemnités annuelles. Face au tollé, le directeur des Hôpitaux universitaires de Genève, Bertrand Levrat, a fini par renoncer à une augmentation de 70 000 francs.

«Une boîte noire»

«Aujourd’hui, la rémunération au sein des fondations de droit public est une boîte noire, déplore le député MCG Sandro Pistis, à l’origine du projet. On ne sait pas qui gagne quoi et il existe d’importantes disparités d’une régie à une autre.» Outre la nécessité de transparence, le salaire des directeurs ne devrait, à ses yeux, pas dépasser celui des conseillers d’Etat «sauf exceptions impérieuses».

Des arguments qui portent au sein de la gauche, qui a tenté à plusieurs reprises d’instaurer un plafonnement, en vain. Le député vert Christian Bavarel se dit favorable à une limitation, «à voir ensuite qui doit la fixer». Pour le socialiste Alberto Velasco, la politique salariale des entités publiques est aujourd’hui du seul ressort des administrateurs. «Si on veut confier ces prérogatives à l’Etat, il faudra légiférer en ce sens.» Pablo Cruchon, député d’Ensemble à gauche, soutient lui aussi la proposition sur le fond. «Dans la mesure où ces entités sont subventionnées par les deniers publics, elles doivent faire preuve de transparence.»

«Préserver l’autonomie des régies»

A droite, les avis sont tout autres. Pour le PLR Alexandre de Senarclens, il importe de préserver l’autonomie des régies publiques, y compris sur les questions salariales. «Les conseils d’administration sont constitués de membres élus qui doivent assumer leurs responsabilités», estime-t-il, soulignant la nécessité de garder une compétitivité salariale vis-à-vis du privé pour attirer des profils intéressants. Un point de vue partagé par le PDC Jean-Marc Guinchard et l’UDC Christo Ivanov, qui craignent qu’une loi trop rigide ne prive l’Etat de talents. Les élus de droite reconnaissent toutefois qu’une plus grande transparence dans les procédures de rémunération permettrait d’éviter la suspicion autour de salaires injustement élevés. Le PLR vient d’ailleurs de déposer un projet de loi en ce sens.

Lire aussi: Le Conseil d’Etat genevois enterre le projet Score