Pour les communautés musulmane et juive de Genève, c'est un soulagement. Mettant fin à des années de débat politique sous haute tension, le Grand Conseil a adopté vendredi, par 76 oui, zéro non, et deux abstentions, une modification de la loi sur les cimetières datant de 1876, qui consacre le principe de la laïcité des cimetières municipaux. Dans un état d'esprit positif, les élus ont décidé d'autoriser les défunts des deux religions à être enterrés selon leurs rites. A la traîne des autres cantons, Genève s'est mis en conformité avec les dispositions fédérales sur la liberté religieuse.

Une dure recherche d'accord

A l'heure actuelle, il existe un carré confessionnel musulman en Ville de Genève, au cimetière du Petit-Saconnex. Et deux cimetières juifs: l'un, créé en 1801 sur la commune de Carouge, fait partie du patrimoine historique du canton. L'autre, sis à Veyrier, accueille aujourd'hui encore des défunts. Pour respecter la loi, l'entrée du cimetière se trouve sur le territoire suisse, alors que les tombes sont toutes sur la commune française d'Etrembières. Une solution qualifiée d'hypocrite par de nombreux élus. Pour les musulmans et les juifs, confrontés à une saturation des lieux, il devenait urgent de trouver d'autres solutions.

Ce fut douloureux. Maintes solutions ont été écartées avant de parvenir au compromis voté par le parlement. Résultat: désormais, les «cimetières transfrontaliers» déjà utilisés sur territoire étranger peuvent bénéficier d'une autorisation accordée par le Conseil d'Etat. Autrement dit: à Veyrier, des tombes pourront être creusées dans la partie suisse. Un terrain de 1000 m2 qui permettra à la communauté d'enterrer ses morts jusqu'en 2020. Par ailleurs, les tombes des cimetières du Petit-Saconnex et de Veyrier pourront être aménagées et orientées selon les rites du défunt dans les quartiers réservés aux concessions. Ces lieux ne devront toutefois ni être délimités, ni comporter de signes distinctifs. La création de cimetières privés reste interdite.

«La fin de l'intolérance»

Tous les partis ont salué la solution trouvée. «Chacun a fait des concessions dans l'intérêt général», a affirmé la Verte Ariane Wisard-Blum. «Les religions minoritaires qui font partie de notre Cité sont respectées», a renchéri son camarade Antonio Hodgers. «C'est une solution élégante», s'est félicité le PDC Guy Mettan. «La fin de l'intolérance et de l'hypocrisie. Les Israélites ne devront plus expulser leurs défunts en France», s'est exclamé le libéral Pierre Weiss. Même le radical Gabriel Barrillier, dont le parti a longtemps combattu la révision de la loi, s'est réjoui du compromis.

Ministre socialiste chargé des Institutions, Laurent Moutinot a tenu à préciser: «Il n'y a ni gagnants, ni perdants, ni reniement des valeurs. Un équilibre a été trouvé entre deux principes: la laïcité et le respect des croyances et libertés religieuses.»