A la tête de la région Rhône-Alpes depuis 2004, le socialiste Jean-Jack Queyranne brigue un deuxième mandat à l’occasion des élections régionales, dont le premier tour est organisé ce dimanche en France. Devancé dans les sondages par la candidate de la majorité présidentielle Françoise Grossetête (UMP) et talonné par Europe Ecologie, le président sortant est donné gagnant au second tour dans tous les cas de figure (duel ou triangulaire). Il revient sur l’engagement de sa région pour l’espace franco-valdo-genevois.

Le Temps. Vous êtes depuis six années acteur des relations pas toujours simples entre Français et Suisses, quelles avancées retenez-vous?

Jean-Jack Queyranne: La démarche transfrontalière date de 40 ans mais il y a eu ces dernières années une véritable accélération avec la construction de l’agglomération franco-valdo-genevoise. Il s’agit d’un espace stratégique, l’une des plus dynamiques d’Europe et la seconde agglomération de Rhône-Alpes avec 800’000 habitants. Le bouclage financier du CEVA, le RER transfrontalier qui unit nos destinées, est à cet égard notre plus grosse réussite.

Le Conseil régional a déboursé 50 millions d’euros sur une totalité des 200 nécessaires pour la construction du CEVA côté français. Il n’a sans doute pas été facile de convaincre un élu de la Drôme ou de l’Ardèche de voter pour une ligne ferroviaire si éloignée de son département?

– Ce fut une longue bataille mais les délibérations ont été obtenues à l’unanimité. Nos élus ont compris que toute la région allait tirer profit de ce RER et pas seulement Genève. Le CEVA est une artère majeure qui va renforcer tout le réseau ferroviaire au-delà de l’Ain et de la Haute-Savoie. Je pense aux connexions avec le TGV du Haut-Bugey vers Paris et à la ligne du Tonkin vers le Valais. Et au point de vue environnemental, c’est un précieux outil.

Qui dit meilleure mobilité dit déplacements de population, au risque de voir s’accroître certaines disparités. En résumé l’emploi à Genève et le logement en France voisine, qui va devenir de plus en plus cher du fait de la pression foncière…

– Genève ne peut pas concentrer toutes les activités nobles et considérer que le reste est une arrière-cour. Cela est fini. Je n’ignore rien de la polémique sur la pénurie d’habitations à Genève mais je n’entre pas dans ce débat. Des espaces sont contraints pour conserver des zones agricoles et les équilibres naturels. Pour rappel, avec Robert Cramer, alors conseiller d’Etat, nous avons signé en décembre 2007 un plan directeur de l’habitat transfrontalier. Et la région mobilise pour la période 2008-2013, 13,4 millions d’euros dans l’agglomération franco-genevoise pour favoriser la mixité sociale et des logements accessibles pour tous. Pour ce qui concerne l’emploi, il faut rapprocher les organismes de formation afin de valoriser les équivalences et la reconnaissance des diplômes suisses et français et faciliter les échanges d’apprentis entre les deux pays. Il me semble que le déséquilibre observé peut être maîtrisé, avec la mise en valeur de lieux comme le campus des biotechnologies à Archamps.