La communauté musulmane réagit à la récente décision des Hôpitaux universitaires de Genève. La direction de l'établissement oblige trois étudiantes en médecine à abandonner leur foulard pour suivre un stage. Indignée, la Fondation culturelle islamique entend créer un comité de soutien afin d'aider ces jeunes filles à préserver «un acte de foi qui mérite respect» tout en restant active au sein de la société, relève son porte-parole Hafid Ouardiri. Les membres de la communauté pourraient également cotiser, comme cela a été fait lors de l'affaire de l'institutrice écartée de son poste, afin de financer une éventuelle action judiciaire. Si aucune solution n'est trouvée au plan administratif ou politique, la voie du Tribunal fédéral sera sans nul doute envisagée. «Nous n'avons pas à abdiquer devant une décision arbitraire, une exclusion aux relents d'inquisition», ajoute Hafid Ouardiri.

«Un dilemme insoluble»

C'est en vertu du principe de laïcité du service public et de neutralité confessionnelle dus aux patients, que le comité de direction des HUG a refusé la demande de ces étudiantes de première année qui souhaitaient effectuer leur stage de familiarisation avec le milieu hospitalier tout en gardant leur foulard. Mises au pied du mur, selon l'expression du porte-parole de la Fondation culturelle islamique, Zora, Azhar et Rania ont préféré renoncer à leur engagement plutôt que de renier leurs convictions. Citoyennes suisses, de parents marocains, syriens et égyptiens, les jeunes filles vivent cette décision comme «une sanction traumatisante et injuste». Elèves de la Fondation, où elles ont étudié la langue arabe et le Coran, elles ne portent pas le foulard comme un étendard mais comme un signe de leur identité, assure encore le représentant de la communauté.

Pour Hafid Ouardiri, le refus des HUG va à l'encontre de toute la démarche pédagogique menée auprès des jeunes par la Fondation culturelle islamique afin que ceux-ci puissent se former et devenir une valeur ajoutée au sein d'une société plurielle. «Ces jeunes filles étudient justement pour démentir ce slogan de la femme écartée par l'Islam. Au niveau purement humain, cette décision est une calamité. Ces étudiantes sont confrontées à un dilemme insoluble: pourquoi abandonner l'une des composantes de leur être au profit de l'autre alors que les deux font un tout? Au niveau social, c'est une manière de mettre hors circuit la femme musulmane par ceux que la visibilité de l'Islam dérange et qui, en se cachant derrière l'alibi du voile, empêchent toute intégration.»

Le port du foulard ne semble guère poser de difficultés au sein de la population ou de l'université. «Ce sont ce type de décisions qui soulèvent les problèmes et suscitent la polémique», constate le porte-parole de la communauté.

Appel au dialogue

Loin de rechercher la confrontation, les musulmans de Genève sont conscients que leur présence soulève certaines questions. «Nous souhaitons un dialogue sincère et sans arrière-pensée pour trouver des solutions. Dans le cadre de cette affaire, nous aurions aimé être contactés avant que le débat ne soit tranché mais cela n'a pas été le cas», regrette enfin Hafid Ouardiri.