Semaines blanches

A Genève, nouvelle ombre sur les camps de ski

Un audit de la Cour des comptes pointe une gestion à la bonne franquette des semaines à la neige. Mais mettre de l’ordre pourrait paradoxalement menacer cette pratique

La Cour des comptes a pris de notables précautions oratoires pour présenter l’audit réalisé sur les camps de ski au cycle d’orientation (CO) en 10e année: «La Cour n’est pas opposée à ces camps, loin de là», a déclaré jeudi la présidente, Isabelle Terrier, rappelant en préambule les excellents souvenirs qu’elle conserve de ces sorties à la neige. Pourtant, les conclusions de cet audit de légalité et de gestion pourraient conduire à cet effet non recherché: menacer cette tradition.

Arrêt du TF

Celle-ci a déjà été mise à mal en 2017, lorsqu’un arrêt du Tribunal fédéral précise que tout ce qui relève de l’enseignement obligatoire doit être gratuit, les parents n’étant tenus à payer que les repas hors du domicile. Cette jurisprudence avait fait du bruit, car elle condamnait de fait de nombreux camps, les cantons n’étant pas en mesure de financer entièrement ces semaines au grand air. A Genève, le Département de l’instruction publique (DIP) avait trouvé une habile parade pour sauver les camps sans contrevenir à l’injonction de la justice: les classer comme non obligatoires, autorisant du même coup une participation parentale pouvant aller jusqu’à 300 francs. Preuve que le procédé convenait à tous, familles comprises, les camps n’ont pas connu dès lors une baisse de fréquentation (stable à 91%).

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Et voilà que l’audit de la Cour des comptes vient questionner une pratique jugée trop floue à maints égards. Le réviseur de la République pointe des lacunes dans la définition des buts pédagogiques de ces camps, en regard du Plan d’études romand. Il met le doigt sur une trop grande disparité des prestations, au niveau de la qualité d’hébergement ou de l’encadrement.

Il estime aussi que le DIP aurait pu inciter les enseignants à obtenir une certification «jeunesse et sport», laquelle permet d’obtenir des subventions fédérales – clairement sous-utilisées à Genève, avec 1,7 franc par élève contre 3,3 francs en moyenne nationale. Enfin, la comptabilité laisse à désirer, avec des versements de main à main (qui proviennent de la vente de pâtisseries, par exemple) ou encore l’existence de caisses privées des enseignants, sans contrôle fiable de la hiérarchie.

Recommandations acceptées par le DIP

La Cour des comptes recommande au DIP, qui a accepté toutes les recommandations, de se déterminer sur le caractère obligatoire ou non de ces camps, avant de mettre de l’ordre dans cette gestion à la bonne franquette. Cela tombe bien, puisque le DIP avait déjà engagé une réflexion dont les conclusions sont attendues en janvier 2020.

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Les camps pourraient par exemple être considérés comme un remplacement à la troisième heure de gym hebdomadaire, qui à Genève n’est pas toujours respectée en raison d’un manque de salles. Solliciter les communes pour le financement est aussi une piste à l’étude. Mais répondre par l’affirmative au caractère obligatoire des camps les menace du même coup. La secrétaire générale du département, Paola Marchesini, n’en fait d’ailleurs pas mystère: «Dans ce cas, la réduction de l’offre est une possibilité, en raison du financement.»

Crainte mesurée chez les syndicats

Ce serait regrettable. David Fernex, du syndicat des enseignants du CO (Famco), rappelle le rôle pédagogique fondamental des sorties scolaires. S’il n’est pas autrement alarmé par les conclusions du rapport, il prévient cependant: «Si les enseignants qui organisent ces camps à titre bénévole se voient mettre des bâtons dans les roues pour l’organisation et la gestion comptable, ce peut être démotivant.

Tout repose sur le dosage entre les responsabilités qui nous incombent et les contraintes auxquelles nous serons soumis. On espère que celles-ci, en matière administrative notamment, ne seront pas de nature à entraver le travail pédagogique.» Astreints à de plus en plus de tâches administratives, les enseignants craignent l’usine à gaz, dans ce domaine comme dans d’autres. Il serait paradoxal qu’un pilotage des camps dans les clous n’amène précisément ce qu’il devait éviter.

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