Genève se prépare, dans l'angoisse, à fêter carnaval. Une angoisse toute relative. Mais quand même. Dans la Cité de Calvin, on ne badine pas avec l'usage des masques et confettis. Le monde de la fête doit se soumettre à différents règlements. Pour des motifs sanitaires, religieux et politiques.

Le droit au déguisement

Anodin, le port de masque? Certainement pas à Genève. L'Association du carnaval de Genève en sait quelque chose. Pour obtenir le droit au déguisement, elle a dû adresser une requête officielle au Conseil d'Etat. Car le règlement concernant les spectacles et divertissements «interdit les masques et travestis sur la voie publique, sauf les jours autorisés par le Conseil d'Etat».

Mercredi, enfin, le verdict du gouvernement est tombé. Par la voix de son président, Pierre-François Unger, l'autorisation a été accordée. Du jeudi 9 au dimanche 12 mars, le carnaval envahira donc joyeusement les rues de Genève.

A l'origine, le masque n'était pas politiquement correct. Voilà pourquoi, au XIXe siècle, les autorités politiques l'ont banni. Surtout lors de la fête de l'Escalade, le «vrai carnaval de Genève», explique l'historien Bernard Lescaze. «Il s'agissait d'éviter que l'on se moque des autorités, ou même de certaines situations privées.»

Faux Négus sur tapis rouge

D'ailleurs, le carnaval lui-même était considéré comme tabou. «A la Réforme, il a été interdit. On ne voulait pas entendre parler des cérémonies païennes et de leurs débordements à connotation parfois sexuelle», raconte l'historien.

De son temps, la Société des Nations a fait les frais du carnaval. En 1936, elle devait recevoir l'empereur d'Ethiopie. Et voilà qu'un faux Négus a débarqué de Versoix, pour déambuler sur le tapis rouge.

Cela dit, même avant Calvin, il n'y a jamais eu de vraie tradition de carnaval à Genève, relève Bernard Lescaze. «Depuis une vingtaine d'années, la commune d'Onex essaie de lancer un carnaval.» La nouvelle mode s'étend désormais à la ville de Genève.

Contrebande de confettis

Mais attention! N'allez pas croire qu'à carnaval, tout est permis. L'achat de confettis, pourquoi pas. Si c'est fait dans les règles. Pas de mélange de couleurs de confetti dans les sachets en plastique.

C'est écrit noir sur blanc dans le règlement sur la propreté, la salubrité et la sécurité publiques, qui date du 17 juin 1955. «La vente des confettis a lieu au moyen d'emballages dont chacun ne contient que des confettis d'une seule couleur.»

Deux cents tonnes à Glaris

Il fallait trouver un moyen de lutter contre la contrebande de confettis. Car l'objectif du règlement est clair: après le lancer de confettis, des petits malins pourraient s'adonner au ramassage des petits papiers. Et les recycler pour les revendre. L'obligation de ne mettre qu'une couleur par sachet est censée dissuader, car le travail de récolte s'avère fastidieux.

Chez «Kurt Hauser AG», on connaît la chanson. L'entreprise glaronaise de production de drapeaux et confettis se plie au règlement. «La loi est en vigueur dans toute la Suisse, pour des raisons sanitaires et pour empêcher le commerce illicite», explique le responsable, Hans-Ruedi Streiff.

L'entreprise de Glaris affirme être l'unique fournisseur de Suisse. «Nous vendons 200 tonnes de confettis par an. Ce qui représente deux salles de gymnastique remplies. Pour vous donner une idée, un kilo équivaut à 1,1 million de confettis», explique Hans-Ruedi Streiff.

Cachettes secrètes

La maison Hauser utilise 90% de papier recyclé. Et pour la coloration, des produits chimiques sans plomb. Tout cela est broyé par une machine qui déleste les confettis de leur poussière. Le résultat se présente sous forme de rondelles. Les déchets, en losanges, sont aussi conservés.

La vendeuse d'un grand magasin genevois, qui se fournit à Glaris, affirme que les confettis partent comme des petits pains, toute l'année. Pour l'Escalade, les Fêtes de Genève. Mais aussi les mariages, et autres soirées privées.

«C'est dommage qu'on interdise tant de chose dans le monde de la fête», susurre-t-elle. En sortant, d'un coin du magasin, ses paquets de confettis multicolores. Collaboration: Philippe Miauton