«C'est un recours parfaitement malvenu. Le propriétaire des lieux reste l'Etat et l'exploitant n'a aucun droit à s'opposer à sa volonté!». Comme ses collègues, le conseiller d'Etat genevois, Laurent Moutinot, n'apprécie pas du tout le recours que vient de déposer la fondation Orgexpo auprès du Tribunal fédéral à l'encontre d'un amendement récemment plébiscité par le Conseil d'Etat et le Grand Conseil.

L'amendement, proposé par les députés de l'Alliance de gauche, exigeait d'Orgexpo qu'elle contrôle à l'avenir les conditions d'emploi des travailleurs détachés temporairement sur son site de Palexpo, et en particulier sur la future Halle 6. Il visait à combattre en amont les dérives dénoncées en septembre dernier par le député Rémy Pagani, secrétaire du Syndicat du service public (SSP), à l'occasion du montage de Telecom 99.

A l'époque, les affirmations du syndicaliste («1,25 franc de l'heure pour des travailleurs asiatiques!») n'avaient pu être corroborées. Mais une enquête administrative avait confirmé que de nombreux tâcherons étaient payés en dessous des salaires réglementaires, parfois moins de 1000 francs par mois. Les conclusions de cette étude et les éventuelles poursuites sont toujours attendues par les syndicalistes (Le Temps du 17 décembre).

Depuis, d'autres dossiers sont arrivés sur les bureaux de Rémy Pagani. Deux Français embauchés lors des préparatifs du Salon international de la haute horlogerie (SIHH) ont ainsi fini, en désespoir de cause, par porter plainte contre l'entreprise Ziegler, dont ils n'obtenaient pas les salaires promis. La justice vient de leur donner gain de cause, mais refuse de leur faire profiter des conventions collectives de la branche métallurgie. «On me remboursera 614 francs, témoigne l'un d'eux. Une aumône, comparé à ce qui ne m'a jamais été payé.» A entendre l'avocat du SSP, Me Waeber, les juges se sont fourvoyés, puisque la métallurgie dispose de conventions collectives étendues, qui devraient profiter à tous.

Contre ce jugement, le SSP promet de faire appel. Quant au recours d'Orgexpo, Carlo Lamprecht, chef du Département de l'économie, de l'emploi et des affaires extérieures, devrait intervenir pour qu'il soit abandonné. En attendant, ces péripéties apportent de l'eau au moulin de syndicalistes plutôt eurosceptiques. «Des juges qui nous défendent mal, une fondation qui résiste aux politiques, c'est inquiétant, s'alarme Rémy Pagani. Il y a sept contrôleurs à l'inspection du travail; il en faudrait maintenant septante, et au moins le double après les bilatérales.»