Justice

A Genève, le parquet enquête sur le voyage de Guillaume Barazzone

L’invitation faite au conseiller administratif de la ville de Genève fait désormais l’objet d’investigations de la part du Ministère public. Le magistrat PDC est invité à fournir des observations écrites sur son escapade à Abu Dhabi

Le Ministère public genevois n’a pas traîné. Une procédure pénale a été ouverte pour éclaircir les circonstances du voyage de Guillaume Barazzone à Abu Dhabi, a appris Le Temps. Les déclarations faites mercredi dernier par le conseiller administratif devant le Conseil municipal de la ville de Genève, évoquant une luxueuse invitation par un ami avocat espagnol pour assister au Grand Prix de formule 1, ont poussé le parquet à vouloir vérifier ces faits.

Henri Della Casa, porte-parole du Ministère public, confirme «qu’à la suite des déclarations publiques faites la semaine dernière par le conseiller national et conseiller administratif Guillaume Barazzone en relation avec un voyage offert par un tiers, le procureur général a ouvert une procédure du chef d’acceptation d’un avantage». Cette procédure, ajoute le porte-parole, «est formellement dirigée contre inconnu et Guillaume Barazzone y revêt la qualité de personne appelée à donner des renseignements». Enfin, l’intéressé «a été invité à formuler des observations écrites sur ce voyage et son financement».

Mélange des genres

Après l’affaire Maudet, voici l’affaire Barazzone. Il n’est pas du tout certain que ce dossier prenne la même ampleur – ne serait-ce qu’en raison des pouvoirs effectifs des magistrats concernés –, mais les ingrédients principaux sont très ressemblants. Devant le parlement municipal, l’élu démocrate-chrétien, qui est également conseiller national, a expliqué s’être fait offrir un séjour par un ami avocat espagnol installé dans les Emirats. Sur place, en novembre 2017, il a serré des mains très officielles à l’occasion de rencontres autour du circuit, mais il assure que l’escapade était «strictement privée».

Lire aussi: Guillaume Barazzone a accepté l’invitation d’un ami pour le Grand Prix d’Abu Dhabi

Des images, diffusées mardi soir par la RTS, montrent Guillaume Barazzone en visite dans la Shams Tower, zone exclusive du circuit automobile, où le gotha des Emirats reçoit ses invités de marque. Pas tous forcément très fréquentables. On y voit notamment le premier ministre tchétchène Ramzan Kadyrov, le président du Gabon Ali Bongo, le président du Rwanda Paul Kagame et bien d’autres. Guillaume Barazzone est en compagnie de Diego Aponte, patron du géant maritime MSC dont le siège est installé à Genève. Le même patron qui avait ramené Pierre Maudet dans son jet privé lors d’un voyage à Téhéran.

Interpellé à ce sujet par la RTS, le magistrat PDC a précisé qu’il n’était pas un invité officiel au Grand Prix et que c’est Diego Aponte qui lui a proposé de l’accompagner quelques minutes dans cette tour. Le duo y a croisé l’ambassadrice de Suisse et Guillaume Barazzone en a profité pour lui présenter le patron de la compagnie maritime.

Dans une prise de position écrite, transmise à la Tribune de Genève mardi soir, Guillaume Barazzone répète n’avoir rien caché de ce voyage. «J’ai toujours dit et redit que j’avais salué un certain nombre de personnalités, officielles ou non, mais dans un cadre privé et sans y traiter d’affaires publiques. Il n’y a aucune volonté de cacher quoi que ce soit. Bien au contraire.»

Le profil de l’ami espagnol

Parmi les éléments que le parquet va s’attacher à vérifier figure évidemment le profil de cet ami avocat. L’intéressé travaille pour un grand groupe basé à Dubaï, actif dans le financement d’entreprise, l’investissement commercial et le conseil.

Ce proche de Guillaume Barazzone a aussi fait les gros titres de la presse people madrilène en épousant, en 2016, la fille d’Abdul Rahman el-Assir. Ce dernier, richissime homme d’affaires espagnol, d’origine libanaise et résidant à Gstaad, a œuvré comme intermédiaire dans des contrats d’armement. Il a défrayé la chronique et a été mis en examen dans le scandale politico-financier de «l’affaire Karachi». Ce dossier, sur fond de rétrocommissions possiblement destinées à financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, est encore en attente de jugement en France.

Réaction brève

En début d'après-midi, Guillaume Barazzone a réagi par un bref communiqué:«J’ai pris acte du souhait du Ministère public d’obtenir les informations sur mon voyage à Abu Dhabi et du fait qu'une procédure avait été ouverte contre inconnu. Je vais évidemment pleinement collaborer avec le Parquet et transmettre toutes les pièces et explications au Ministère public qui démontreront qu’il s’agit bien d’un voyage privé et que mes déclarations publiques sont conformes à la vérité. Étant entendu en tant que personne appelée à donner des renseignements, je réserve dès aujourd’hui l’intégralité de mes propos sur ce cas pour le Ministère public.»

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