En écrasant son rival sur un parking de Meyrin, Alain* a agi de façon particulièrement odieuse. Le Tribunal criminel de Genève reconnaît ainsi le prévenu coupable d’assassinat, sans toutefois retenir la préméditation. Même si l’intéressé avait nourri le projet de se débarrasser pour toujours de Léo*, il est d’abord arrivé sur les lieux à pied, assez calme, et avec plusieurs scénarios en tête. «La colère noire» est montée après une discussion avec son amie et c’est alors que «l’option de tuer a pris toute la place». Le jeune homme est condamné à une peine privative de liberté de 13 ans. Il devra également suivre un traitement en prison afin de poursuivre ses efforts d’introspection.

Grande lâcheté

L’intention homicide d’Alain, qui a heurté sa victime avec son véhicule et lui a encore roulé sur le corps, ne fait pas de doute aux yeux des juges. Cette manière d’agir est qualifiée de particulièrement lâche. «Il a démarré en trombe, puis a achevé sa victime. Celle-ci était sans défense et n’avait aucune possibilité de s’échapper. Il a encore quitté les lieux sans se soucier du sort du malheureux.»

La préméditation, au sens juridique du terme, n’a toutefois pas convaincu. Malgré la teneur très menaçante des messages publiés par le prévenu, ce dernier avait aussi à l’esprit d’autres projets en arrivant sur le parking du centre sportif: reconquérir la jeune femme, lui faire essayer sa voiture, partir avec elle le week-end suivant et l’éloigner de ce nouvel ami.

Relation toxique

Selon le tribunal, c’est bien la jalousie qui a été le déclencheur ultime de cette horreur. Dans la voiture, Luna*, son premier amour, celle qu’il voulait récupérer à tout prix, venait de lui avouer l’intensité de sa relation avec Léo. Il a foncé sur son rival juste après qu’elle est descendue du véhicule. Face à ce sentiment de trahison et de frustration, «il a voulu combler une blessure narcissique». Un but très égoïste, qui justifie aussi la qualification d’assassinat.

La faute d’Alain est qualifiée d’extrêmement lourde. Par esprit de vengeance, il a ôté la vie d’un garçon qui ne lui avait rien fait et a bouleversé l’existence de toute une famille. Ses amis aussi, présents sur les lieux, ont été traumatisés. Le verdict souligne qu’il aurait pu faire autrement et se libérer de cette relation toxique avec Luna. Ses proches l’avaient averti depuis longtemps des effets sur son caractère et son comportement.

Aucune justification

Le Ministère public, tenant compte d’une responsabilité légèrement restreinte, avait requis une peine de 18 ans. Les juges se montrent bien moins sévères en infligeant 13 ans de prison. Leur décision tient compte du jeune âge du prévenu, 20 ans au moment des faits. Le tribunal mentionne aussi l’ambivalence de la jeune femme comme un facteur qui a renforcé l’attachement d’Alain, mais aussi sa colère. «Cela permet d’expliquer pourquoi il en est arrivé à de telles extrémités, mais cela ne les justifie pas.» Enfin, le verdict accorde au jeune homme un début de prise de conscience et la manifestation de certains regrets. «Il a progressé dans sa reconnaissance des faits.»

Le placement dans une maison d’éducation pour jeunes adultes, plaidé par la défense, est écarté. Selon les juges, les critères ne sont pas réunis. Alain, qui avait terminé un apprentissage et travaillait comme agent de sécurité, était correctement inséré socialement et professionnellement. Son trouble de la personnalité, qui a légèrement influé sur sa capacité de se contrôler au moment d’agir, devra être abordé par le biais d’une psychothérapie en milieu carcéral. Un travail qu’il a déjà commencé.

*Les prénoms sont fictifs

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