élections municipales

A Genève, la petite main verte qui rêve d’un sceptre

Esther Alder est candidate à l’exécutif de la Ville

Même dans les rangs écologistes, ils sont nombreux à dire qu’ils seraient bien en peine de vous parler d’Esther Alder, car ils ne la connaissent pas, ou si peu. Esther Alder, 52 ans, désignée mercredi soir par les Verts de la Ville de Genève pour briguer un siège à l’exécutif de la commune le 17 avril, constitue à elle seule un paradoxe. Championne des urnes, celle qui a toujours réussi haut la main les élections auxquelles elle a pris part demeure quasiment une inconnue au sein de la sphère politique dans laquelle elle évolue pourtant depuis plus de quinze ans.

Directrice de Carrefour-Rue, qui s’occupe de la prise en charge des sans-abri, la candidate a été élue à l’unanimité par l’assemblée des délégués de la Ville après que son colistier, Boris Drahusak, a annoncé qu’il renonçait à briguer un siège au Conseil administratif. Dimanche, celui-ci n’est arrivé qu’en cinquième position des élus du parti. Jusqu’au scrutin, les deux aspirants espéraient pouvoir figurer ensemble sur le ticket de l’Alternative. Mais la déroute des Verts en Ville, qui ont perdu quatre sièges, a mis un terme à leurs ambitions. C’est donc le PS qui aligne ses deux poulains: Sandrine Salerno et Sami Kanaan. Ensemble à gauche sera représenté par Rémy Pagani.

«Force tranquille»

Dimanche, Esther Alder s’est classée en tête de sa liste, où elle devance de 300 voix le deuxième élu. Un succès électoral de plus pour celle qui a déjà accédé en 1995 au Conseil municipal, avant d’entrer au Grand Conseil deux ans plus tard et d’y siéger durant trois législatures. Dans la plus grande discrétion, sans laisser la moindre trace, mais en réalisant à chaque fois une bonne élection.

«Elle s’occupe des pauvres, c’est populaire et cela permet de ratisser large», lâche un élu vert en guise d’explication. Mais la candidate a d’autres qualités qui ont joué en sa faveur tout au long de sa carrière, estime le député Christian Bavarel qui l’a côtoyée au Grand Conseil: «Elle était efficace et travaillait dur en commission plutôt que de chercher à briller dans l’arène, et elle a toujours fermement défendu ses convictions au sein du groupe. C’est aussi quelqu’un qui a une grande capacité d’écoute.» «Esther Alder a la force tranquille de ceux qui savent très bien ce qu’ils veulent, renchérit le député libéral Renaud Gautier. Ce serait une grave erreur de la sous-estimer. Si elle est élue, elle saura très bien amener ses collègues de l’exécutif à accepter ses projets.»

Et la candidate n’en manque pas, affirme-t-elle. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussée à briguer un siège à l’exécutif, même si elle ne prise guère l’exposition médiatique: «Je veux pouvoir agir d’en haut, plutôt que de devoir composer avec des décisions en étant en bout de chaîne, dans le milieu associatif.» Dimanche après avoir appris la déroute de sa liste, on dit qu’elle aurait hésité à rester en lice pour l’exécutif: «Absolument pas, je n’ai pas remis en cause ma candidature», affirme-t-elle.

Celle qui passe pour être à la gauche du parti ne cache pas son intérêt pour le Département des affaires sociales – qui devrait aussi susciter celui de Sami Kanaan. Au chapitre de ses priorités, la candidate évoque la création de logements d’urgence, «dont la Ville manque, et pas seulement pour des cas sociaux. Il existe des structures provisoires qui peuvent être érigées sur un terrain, même exigu, en attendant qu’il soit affecté à un autre usage.» En matière d’accueil parascolaire, qui sera renforcé, «il faut repenser les choses et élaborer un concept d’encadrement plus motivant». La Verte prend aussi soin de citer la promotion du développement durable ou la poursuite de la piétonnisation, chères à son parti. Avec application, mais moins d’ardeur.

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