A Plainpalais, aux Acacias ou aux Eaux-Vives, dans une douzaine de maisons de quartier ou de centres de loisirs genevois, l'été a été studieux pour plus de 250 enfants et adolescents kosovars. Fuyant la guerre au Kosovo, leurs familles se sont réfugiées en Suisse le printemps dernier; à Genève, leur arrivée a poussé le Département de l'instruction publique (DIP) à mettre sur pied une cellule d'urgence qui a notamment planché sur cette question: comment scolariser ces enfants victimes de la guerre, d'âges et de niveaux scolaires très différents, dont on ignore combien de temps ils vont rester en Suisse?

La solution retenue est souple et pragmatique: des «unités d'accueil» ont été mises sur pied et elles ont fonctionné tout l'été. L'objectif est de permettre aux enfants et aux jeunes adolescents une intégration la plus rapide possible, pour certains dès la rentrée scolaire déjà, dans les structures ordinaires de l'école genevoise.

Depuis le mois de juin, une bonne douzaine de ces unités d'accueil, comprenant chacune une vingtaine d'élèves âgés de 4 à 18 ans, ont été ouvertes. «Il ne faut pas voir ces unités comme de véritables écoles avec des classes traditionnelles, explique Drita Veshi, la coordinatrice de l'opération. Il s'agit plutôt d'une initiation à l'apprentissage de la langue française qui mêle, surtout pour les petits, le jeu ou le dessin».

Trois personnes s'occupent de chaque unité: un médiateur albanophone, un enseignant francophone et un travailleur social. Quatre matins par semaine, le maître enseigne durant deux heures des bases de français. Il est accompagné par le médiateur qui peut faire la traduction lorsque c'est nécessaire.

«N'imaginez pas des cours de grammaire! commente Drita Veshi. L'instituteur a une grande marge de manœuvre et il doit aussi adapter son enseignement aux niveaux de connaissance très différents des jeunes formant un même groupe: certains adolescents sont extraordinairement motivés, d'autres moins; certains arrivent bien à se concentrer, d'autres ont trop de problèmes psychologiques; quelques-uns parmi eux n'ont pas pu aller à l'école ou très peu seulement au Kosovo et ils ne savent ni lire ni écrire. Dans ce cas, le maître ne travaillera que par oral. En fait, tout cela est très souple et l'équipe des trois personnes s'organise au cas par cas.»

A côté des cours, pendant trois demi-journées, le travailleur social et le médiateur organisent des activités à l'extérieur des centres (piscine, musée, football, etc..). «Car il s'agit aussi de faire respirer l'air de Genève aux enfants, de leur faire connaître la région, de leur montrer et de leur expliquer une nouvelle culture, une société nouvelle pour eux», ajoute Christian Aguet, le responsable de ce dispositif d'urgence au Département de l'instruction publique.

Que va-t-il se passer à la rentrée scolaire? Les petits Kosovars sont-ils prêts à rejoindre les classes ordinaires? Hier la cellule d'urgence de l'Instruction publique a empoigné la question. «Souplesse!» Tel est le mot d'ordre pour s'adapter aux différentes situations des enfants. Finalement, seules quatre unités d'accueil seront fermées. Dans les grandes lignes, les élèves en âge de fréquenter le cycle d'orientation et les écoles de l'enseignement post-obligatoire seront inscrits dans les classes d'accueil traditionnelles. Celles-ci sont destinées à recevoir les jeunes non francophones quelle que soit leur nationalité jusqu'à ce qu'ils aient atteint un niveau scolaire suffisant pour être intégrés dans une classe régulière.

La situation est un peu différente pour les plus petits car à l'école primaire, les classes d'accueil n'existent pas. Mais pour aider les instituteurs à s'occuper des élèves non francophones, certains établissements disposent de «structures d'accueil»: des enseignants spéciaux soutiennent les maîtres en prenant partiellement en charge les enfants immigrés.

Dans le cas des Kosovars, une cinquantaine d'entre eux – ceux qui vivent dans des foyers pour requérants d'asile – seront inscrits dans les structures d'accueil du primaire. Pour l'instant, 80 autres petits resteront encore quelque temps dans les unités d'urgence créées cet été: il s'agit des enfants qui vivent toujours dans les abris de protection civile. Il n'est pas question de faire de la ségrégation, mais d'attendre que leur famille se soit vu attribuer un logement, afin que les enfants n'aient pas à changer d'école dans quelques semaines si le futur lieu de domicile est loin de l'abri de PC.

Enfin, les jeunes dont les parents ont déjà pris la décision de rentrer dans leur pays resteront également dans les unités d'accueil en attendant le moment du départ.