Santé

Genève est la plus chère de Suisse pour les soins aux personnes âgés

Dans la première comparaison intercantonale des systèmes de soins pour personnes âgées, Avenir Suisse met en évidence des différences considérables en termes de coûts. A son avis, le potentiel d’économies minimal serait de 1,9 milliard de francs

«Une personne sur 12 a plus de 80 ans. La proportion va se réduire à une sur 7 dans 20 ans. Cette évolution pose de grands défis en termes de personnel qualifié et de financement», a indiqué à la presse mardi à Zurich Jérôme Cosandey, chef de projet auprès d’Avenir Suisse. 43 500 personnes sont employées dans les services d’aide et de soins à domicile (SASD) et 124 500 dans les établissements médico-sociaux (EMS). Ce type de dépenses de soins atteint 11 milliards de francs, soit 1,6% du PIB, et devrait doubler d’ici 30 ans.

Les cantons sont responsables de l’offre de soins aux personnes âgées, mais leurs pratiques diffèrent sensiblement, selon une étude du laboratoire d’idées. L’auteur les a comparées en fonction de l’organisation des soins, leur coût et leur financement.

30% de personnel en plus à Genève

Genève et Fribourg sont les plus mal classés. A Genève, les coûts sont les plus élevés non seulement en vertu de coûts salariaux et immobiliers supérieurs, mais aussi parce que les dotations en personnel y sont plus généreuses. Elles dépassent de 30% la moyenne suisse, tant dans l’ambulatoire que le stationnaire.

Dans une branche où les salaires représentent 87% des coûts dans les SASD et 75% dans les EMS, les coûts salariaux atteignent 113 600 francs par an à Genève, contre 72 000 en moyenne. D’autres cantons urbains s’en sortent mieux. Bâle-Ville est exactement dans la moyenne et Zurich 6% au-dessus.

Genève est aussi pénalisée par ses exigences de qualification du personnel soignant les plus élevées du pays et la nécessité pour les institutions de droit public de se soumettre à une convention collective de travail. Par contre, Vaud, Genève, Jura et Neuchâtel, se distinguent par de bons indicateurs d’efficience, la concentration sur les cas lourds en EMS ainsi que l’utilisation de l’outil de saisie des soins.

Absence de concurrence

Le financement est complexe. La participation des caisses-maladie est fixée au niveau fédéral et la contribution des patients est plafonnée à 15,95 francs par jour en ambulatoire et 21,60 francs en stationnaire. Les cantons assurent le financement résiduel. Selon l’étude, une part de la prime d’assurance maladie des adultes, estimée à 30 francs par mois, est consacrée aux soins aux personnes âgées.

Le principe selon lequel «à prestation égale, rémunération égale», qui implique que pour un même niveau de soins, le financement résiduel devrait être identique pour tous les prestataires n’est pas souvent mis en œuvre. A Fribourg, le financement résiduel dépend de la structure de coûts. Tout effort de réduction des coûts est donc pénalisé. La qualité doit se mesurer en termes d’adéquation et d’efficience des soins et non pas de niveau de salaire, selon l’économiste. A Genève, la concurrence est limitée par les règles de financement selon les types de prestataires. En effet, le financement résiduel est réservé aux EMS à but non lucratif.

Organisations très diverses

Les lieux communs tels que l’affirmation selon laquelle les villes seraient plus chères que les campagnes ne fonctionnent pas. Dans l’ambulatoire, Bâle-Ville est 17% meilleur marché que la moyenne suisse, affirme Jérôme Cosandey. L’économiste se limite aux aspects qualitatifs. «L’information est pauvre sur l’évaluation de la qualité et de l’efficacité des soins», avoue-t-il.

L’organisation des soins aux personnes âgées diffère grandement d’un canton à l’autre. Genève (3,4 emplois pour 1000 habitants), le Jura (3,2) et Vaud (2,9) offrent une plus forte densité d’employés dans les soins à domicile que la moyenne suisse (1,9). Genève présente la plus faible densité de lits en EMS de tous les cantons (166 pour 1000 habitants de plus de 80 ans).

Création d’un capital-soins

L’étude ne manque pas de lutter contre les préjugés. L’augmentation de l’offre de soins à domicile ne conduit pas nécessairement à une réduction de l’offre stationnaire. En effet, Soleure et Bâle-Campagne ont le même ratio de lits EMS par personne âgée que Vaud et le Jura, mais les deux cantons alémaniques emploient proportionnellement la moitié moins de personnel SASD que les deux Romands. Jérôme Cosandey s’en prend au mythe voulant que l’ambulatoire soit préférable au stationnaire dans son analyse. Sa devise est plutôt «ambulatoire et stationnaire».

Le potentiel d’économies évalué par Avenir Suisse s’élève à 1,9 milliard de francs si les cantons parvenaient à réduire leurs coûts à la moyenne suisse. Ce montant correspond à 17% du niveau actuel.

A long terme, le laboratoire d’idées propose la création d’un capital-soins obligatoire et individuel pour financer les soins aux personnes âgées. Cette épargne pourrait être engagée pour toutes les prestations de soins et en cas de décès être léguée aux héritiers.


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