Genève

Genève, les poches pleines, gagne en sérénité

Le canton s’attendait à 187 millions de francs de déficit, il se retrouve avec 222 millions de bénéfice. De quoi envisager les réformes à venir avec calme, selon le Conseil d’Etat

Genève n’est pas encore Byzance, mais elle s’en approchait furieusement jeudi matin. C’est avec une satisfaction manifeste, quoique contenue, que le Conseil d’Etat a présenté l’heureuse nouvelle: les comptes 2018 de l’Etat affichent un bénéfice de 222 millions de francs, alors qu’un déficit de 187 millions avait été budgété. Cerise sur le gâteau, le canton fait aussi 286 millions de provisions. «Cet excédent est le plus élevé depuis 2010, il reflète le bon fonctionnement de l’économie privée et la maîtrise des charges», se félicite le président du collège, Antonio Hodgers.

Croissance des rentrées et des charges

Qu’est-ce donc qui vaut au canton cette excellente santé financière? La croissance économique en premier lieu, «qui a cartonné au premier semestre», résume le ministre Pierre Maudet. Une croissance du produit intérieur brut de 3,1% se traduit immanquablement par des revenus fiscaux supplémentaires. Ce sont 513 millions de francs supplémentaires (+8%) qui sont rentrés dans les caisses de l’Etat. Le principal mérite en revient aux personnes morales, dont la contribution est considérable avec 25% de plus de rentrées fiscales. Les impôts sur les personnes physiques accusent une hausse de 3%, en partie due à la correction à la hausse des impôts sur les périodes antérieures ainsi qu’aux dénonciations spontanées de contribuables en délicatesse. Les impôts liés à l’immobilier présentent un dépassement de 15,6%.

Lire aussi: La Caisse de pension de l’Etat transforme les députés genevois en charretiers

Sans surprise, les charges progressent. Et même de 1,9% par rapport au budget. Avec 326 nouveaux emplois créés, les charges grimpent de 4,3% à 2,5 milliards. Mais l’Etat a aussi accusé des dépréciations d’actifs et constitué des provisions. Notamment 157 millions pour l’annuité à la fonction publique, qui n’avait pas été versée aux fonctionnaires en 2016 et qui fait l’objet d’un litige devant le Tribunal fédéral. Aucune provision n’a pu en revanche être faite en vue de la recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), un grand bazar sur lequel les Genevois se prononceront le 19 mai, «tellement la situation est incertaine», déclare la ministre Nathalie Fontanet. Sans les provisions, les charges de personnel sont inférieures de 22 millions au budget voté. Ce qui fait dire au ministre Mauro Poggia que «le Conseil d’Etat reste dans les clous». Malgré des subventions en hausse de 4,3%, à 4,1 milliards.

La dette a diminué pour la quatrième année consécutive, de 562 millions de francs, pour s’établir à 11,8 milliards. Si elle reste la plus élevée par habitant en Suisse (23 500 francs), le canton s’éloigne cependant du couperet du frein à l’endettement. Si un tiers des investissements n’ont pas été réalisés, c’est qu’une partie des projets ont été retardés par des recours.

Lire également: Le Conseil d’Etat genevois croit tenir le bon projet de sauvetage des retraites

«Ce boni est essentiellement dû aux entreprises»

Genève se découvre donc plus riche qu’elle ne croyait. A la veille des votations sur deux enjeux cardinaux, la réforme de l’imposition des entreprises (RFFA) et la CPEG, ce boni pourrait-il être un cadeau empoisonné pour la droite? «Au contraire, répond le chef de groupe PLR au Grand Conseil, Yvan Zweifel. On voit que ce boni est essentiellement dû aux entreprises, il est donc important de les garder ici. De plus, comme il couvre largement la perte fiscale escomptée, la surface financière permet d’absorber la réforme.» Pour Thomas Wenger, chef de groupe socialiste, «cet excédent arrive au bon moment pour faire passer une réforme fiscale des entreprises et pour augmenter les subsides d’assurance maladie, ce que prévoit notre initiative.» Et de critiquer un «catastrophisme budgétaire» à nouveau démenti.

Lire aussi l'opinion: La RFFA apporte des réponses à trois questions

Pour la droite, Genève les poches pleines ne doit pas oublier qu’elle se ruine: le PDC relève avec regret que les charges de l’administration ont progressé de plus de 4% et que la tendance va se poursuivre cette année, avec la création de 400 nouveaux postes, la démonstration que «l’opulence est privilégiée à l’efficience». Byzance, disait-on.

Publicité