Les cantons de Genève, Neuchâtel, Berne, Lucerne et Bâle-Ville ont reçu vendredi l’autorisation du Conseil fédéral pour recourir au vote électronique lors de scrutins fédéraux en 2017 et 2018. Derrière cette annonce se dessine un combat féroce entre les deux prestataires qui proposent ce système: La Poste et le canton de Genève. Les deux camps ont chacun leurs clients. Genève a su séduire Berne, Lucerne, Bâle-Ville, Argovie et Saint-Gall et des tests sont prévus dans le canton de Vaud. La Poste a convaincu Fribourg et Neuchâtel d’acquérir son modèle (LT du 17.11.2016).

«Il y a de la place pour deux sur le marché»

Officiellement, il n’y a pas de rivalité entre les deux opérateurs. «Il y a de la place pour deux sur le marché. La Chancellerie a d’ailleurs opté pour deux systèmes», relève-t-on du côté de La Poste. Mais chacun fait son lobbyisme afin de vanter les mérites de sa matrice. Ainsi, La Poste est très fière d’avoir organisé le vote électronique des Suisses de l’étranger à l’occasion du second tour des élections cantonales fribourgeoises le week-end dernier. Des 5000 citoyens qui auraient pu faire usage de cet instrument, 1700 ont voté, dont 33% (578) par le biais de leur ordinateur. La Poste est aussi ravie d’avoir pu acquérir Neuchâtel pour le prochain scrutin fédéral du 12 février.

Ses responsables ont d’ailleurs comparé leur procédé au CHVote élaboré à Genève. Ils notent que les deux systèmes sont adaptés pour 30% des votants. Toutefois, contrairement à celui qui a été développé au bout du lac, celui de La Poste est déjà conforme pour passer à 50% de l’électorat comme le requièrent par exemple Neuchâtel et Bâle-Ville. «Nous obtiendrons la certification en 2017», assure Denis Morel, responsable du vote électronique de La Poste. Chancelière de l’Etat de Genève, Anja Wyden Guelpa réplique que 69% des votants ont déjà utilisé Internet à Genève et que la stratégie du canton est «d’augmenter l’accès au vote électronique, sans se préoccuper de l’étape à 50% puis de passer directement à 100% en 2018.»

Nécessité de transparence

Responsable du secteur développement et innovation à la Poste, Claudia Pletscher souligne en outre que le cryptage du modèle Poste repose sur un chiffrement de bout en bout, alors que CHVote ne l’est pas, du moins pas avant 2018, selon Anja Wyden Guelpa. C’est d’ailleurs pour ces raisons que les coûts de projet du modèle Poste sont plus élevés que ceux du modèle Genève, alors que les coûts d’exploitation seraient plus bas.

La Poste relève une autre différence. Avec son système, les cantons gèrent l’ensemble du processus de vote de manière souveraine alors que le modèle genevois prévoit une délégation de compétences des cantons clients à la Commission électorale centrale (CEC) genevoise, qui est responsable de tous les scrutins effectués par les cantons hébergés. Anja Wyden Guelpa assure que la CEC est «totalement indépendante de l’administration genevoise» et que les cantons «suivent ses séances officielles».

Un combat pour tenter de rallier le plus de cantons

Le canton de Genève relève de son côté que le système de La Poste recourt à un partenaire privé, Scytl, dont la maison mère est à l’étranger. «Les données restent en Suisse», réplique La Poste, qui relève que le code source de Scytl est connu, puisqu’il a été publié pour le vote électronique norvégien, que cette société a sous contrat. «Le code source est évolutif, il doit être publié en permanence, ce à quoi s’engage le canton de Genève», répond la chancelière genevoise, qui insiste sur la nécessité de transparence.

Ce combat de coulisses a pour but, pour chacun, de rallier le plus de cantons à sa propre cause. Il y en a encore beaucoup à prendre. Notamment ceux qui faisaient partie du consortium de neuf cantons réunis autour de Unisys, qui s’est fait recaler par la Confédération pour les élections fédérales de 2015 en raison d’une sécurité insuffisante et n’ont pas encore choisi leur nouveau partenaire.