La vague verte était attendue à Genève. Elle a dépassé les pronostics les plus optimistes dans la plupart des parlements municipaux. Selon les résultats provisoires, les Verts gagnent dix sièges en ville de Genève, faisant basculer la majorité du Conseil municipal à gauche. Ils progressent aussi à Carouge (+4), Versoix (+4), Grand-Saconnex (+4), Vernier (+3), Onex (+3), Plan-les-Ouates (+3) ou encore Lancy (+3). Les Vert’libéraux profitent, dans une moindre mesure, de cet élan en faisant leur entrée dans des bastions de droite à l'instar de Collonge-Bellerive (+2). Grèves du climat, procès des activistes climatiques ou encore tensions entre aménagement du territoire et préservation de l’environnement: de multiples facteurs ont vraisemblablement poussé de nouveaux électeurs à se tourner vers les écologistes.

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Avec 44 sièges sur 80, l'Alternative et Ensemble à gauche, disposent désormais d’un boulevard pour mener leur politique en ville de Genève, de concert avec le Conseil administratif qui reste lui aussi dominé par un solide ticket rose-vert. Si le PLR et les socialistes se maintiennent, le MCG et le PDC font les frais de l'avancée des Verts en perdant respectivement 4 et 3 sièges. Quoique en progression, les Vert’libéraux ne parviennent pas à atteindre le quorum, tout comme le Parti du travail. 

«Changement de paradigme radical»

Dominé par la droite depuis 2011, le Conseil municipal n’a cessé de s’opposer à l’exécutif de la ville ces dernières années. La perspective d’une «législature sans blocage» réjouit donc Didier Bonny, vice-président des Verts en ville de Genève. «Notre excellent résultat confirme celui du parti sur le plan national, estime-t-il. Les Genevois ont prouvé qu’ils veulent un changement de paradigme radical en faveur du climat.» En constante baisse depuis 2007, les Verts retrouvent une forme jamais atteinte jusqu’ici en plaçant 18 élus, soit un de moins que les socialistes. Les recettes du succès? «Un engagement de la première heure sur une thématique que tous les partis essaient tant bien que mal d’intégrer», estime Didier Bonny.

Le PDC a «limité les dégâts»

Grand perdant du jour avec le MCG, le PDC estime avoir «limité les dégâts». «Plusieurs facteurs ont joué contre nous», juge Luc Zimmermann, président du PDC Ville de Genève. Un éparpillement des voix chez les Vert’libéraux voire le MCG, une vague verte plus forte que jamais ou encore un dégât d’image lié à l’affaire des notes de frais. «Vu le scénario pessimiste qui nous était adressé, atteindre le quorum est déjà une victoire», estime Luc Zimmermann, qui se dit toutefois préoccupé par la nouvelle majorité qui se dessine au Conseil municipal. «Sans obstacle devant elle, la gauche dispendieuse va en profiter pour faire passer des projets tous azimuts au risque de creuser la dette», déplore-t-il.

Une droite raisonnable, garante des finances publiques? Sylvain Thévoz, vice-président du Parti socialiste en ville de Genève, n’y croit pas. «La droite n’a pas exercé son rôle de contrôle dans la précédente législature mais a plutôt misé sur les blocages et les coupes budgétaires aveugles», tance-t-il. En ce dimanche, il salue la «stratégie gagnante» de l’Alternative: «Le travail des socialistes est reconnu en ville, les Verts progressent mais pas sur notre électorat, ce qui prouve qu’il reste un réservoir de voix à gauche.» Ce n’est toutefois pas le cas dans toutes les communes. A Vernier, la poussée verte s’effectue au détriment des socialistes (-3); idem à Carouge (-2).

«Former la relève»

Sur le déclin ces dernières années, le MCG souffre lui aussi des ambitions écologistes. A Vernier, le parti perd six sièges tandis qu’à Carouge il disparaît purement et simplement du Conseil municipal. Francisco Valentin, président du MCG, explique la débâcle du jour par le rôle néfaste des dissidents, partis créer d’autres formations à Vernier, Onex ou Versoix. «Notons qu’ils n’ont pas atteint le quorum», souligne-t-il, reconnaissant que le MCG a aussi souffert du manque de locomotive. «A mon arrivée, le parti se cherchait un nouveau souffle, il doit à présent former la relève.» A ses yeux, les Verts, en position de force, risquent d’asphyxier les entrepreneurs et autres petits indépendants: «Imposer des taxes dans le contexte de la crise du coronavirus? Genève ira dans le mur.»

Quid des Vert’libéraux, qui ont mis du temps à percer dans le canton? A Meyrin, Thônex et Chêne-Bougeries, leur alliance avec le PDC s’est révélée gagnante. «Avec 18 élus en plus, notre parti est désormais prêt à jouer dans la cour des grands», se réjouit le président des Vert’libéraux, Alexandre Peyraud, qui s’avoue néanmoins très déçu par le score en ville de Genève, la «clé» du canton. «Quand on voit les budgets de campagne des autres partis, on peut au moins se réjouir que la population ait fait un choix indépendant du matraquage médiatique», argue-t-il.