Lundi, lors de la conférence de presse de présentation du Masterplan de la Praille, à Genève, les trois conseillers d'Etat en charge du dossier avaient peine à retenir leur enthousiasme. Selon eux, une kyrielle d'investisseurs se presseraient aux portillons pour financer ce projet pharaonique de la Praille-Acacias-Vernets. Un mégaprojet de réaménagement d'une zone de 230 hectares. Aucun nom ne fut pourtant dévoilé.

Mais qui sont donc ces mystérieux investisseurs prêts à financer la construction du projet? Du côté de l'Etat, pas d'informations. Pourtant, on connaît déjà le nom de quelques institutions et banques fortement intéressées par ce projet. Selon nos informations, Credit Suisse Asset Management a fait part de son intérêt. Avec une volonté d'investissement de près de 200 millions.

Le géant de la construction Bouygues, par le biais de sa filiale suisse Losinger, aurait également marqué un fort intérêt pour ce vaste chantier.

Par ailleurs, des caisses de pensions privées et publiques se disent intéressées. A Genève, un acteur d'importance s'est déjà profilé pour la construction de bâtiments: la CIA, la Caisse de prévoyance du personnel de l'Etat. «Nous avons effectivement fait part aux autorités genevoises de notre volonté d'investir dans ce projet très intéressant», confirme Claude-Victor Comte, son directeur.

La CIA, en collaboration avec d'autres caisses du canton, dispose d'une capacité financière d'investissement qui oscille entre 80 et 120 millions par année. «En fonction du projet, nous pourrions même aller jusqu'à 150 millions, indique Claude-Victor Comte. Notre priorité va évidemment aux logements destinés aux Genevois, avec des critères très stricts de développement durable.» Selon Claude-Victor Comte, la CIA pourrait fort bien investir dans la construction d'un des neuf gratte-ciel prévus à la place de l'Etoile, le cœur du futur quartier.

Promoteur immobilier d'importance, la Caisse de prévoyance du personnel de l'Etat voit également dans ce projet une bouffée d'air frais pour ses propres investissements. «Le nombre de terrains à construire s'est tellement raréfié que pour la première fois depuis septante-cinq ans, nous n'avons plus de terrain constructible!»

La Praille vendue jusqu'aux Etats-Unis

Ce projet ne réjouit pas seulement les investisseurs. La Promotion économique du canton de Genève voit dans ce projet urbanistique une réponse aux questions lancinantes des entreprises étrangères désireuses de s'installer à Genève: où s'installer? dans quels logements?

«Nous revenons d'une tournée de promotion aux Etats-Unis, explique Pierre Jaquier, le responsable de l'Office de la promotion économique de Genève. Nos interlocuteurs parlent souvent de la région lémanique comme d'un lieu sinistré en termes de possibilités d'implantation et de logement. Grâce à ce projet urbanistique, nous allons pouvoir attirer des entreprises de taille et faire de Genève un lieu encore plus attractif», se réjouit-il.

Et des logements, il est en question sur les 230 hectares de ce quartier du XXIe siècle. Près de 6000, qui viendraient s'ajouter aux 3000 déjà existants. Un chiffre en deçà des espérances de la Chambre genevoise immobilière. «Nous avions demandé 10000 logements, explique son secrétaire général, Christophe Aumeunier. Dans un premier temps, nous étions déçus qu'il n'y ait que 6000 habitations prévues, mais nous sommes finalement extrêmement contents de ces propositions. Comme le Masterplan est évolutif, il sera possible de construire plus de logements.»

Reste à en définir le type. Des logements haut de gamme ou des appartements sociaux? Un choix que le secrétaire général ne veut pas trancher. «Mais on peut se demander s'il vaut mieux valoriser des terrains qui, dans le quartier des Acacias, valent aujourd'hui près de 150 francs le m2 et vont être fortement valorisés avec le futur déclassement ou bien construire des logements d'utilités publiques?»

Premiers chantiers dans quatre ou cinq ans

Les premiers chantiers pourraient débuter «d'ici quatre à cinq ans», estime Mark Muller, le conseiller d'Etat en charge du dossier. Dans un premier temps, le secteur Acacias-Carouge verra s'ériger 1000 logements. Juste à côté des Tours de Carouge.

Dans un second temps, les parcelles jouxtant le site de l'entreprise Firmenich, près de la Jonction, le long de l'Arve, devraient elles aussi accueillir des logements. «Et aussi des équipements publics, écoles, crèches, qui vont de pair avec ce type de projet», précise Philippe Moeschinger, directeur de la Fondation pour les terrains industriels, maître d'œuvre de ce réaménagement.

La caserne des Vernets, à quelques encablures de la tour TSR, aura également son lot de bâtiments dédiés à l'habitation. Mais pas avant 2015, date à laquelle l'armée a prévu de quitter les lieux. D'autres logements verront aussi le jour à l'intérieur de ce vaste périmètre. Le projet Sovalp, un projet conjoint CFF et Etat de Genève, prévoit la construction d'une vingtaine d'immeubles pour un millier d'habitations. De quoi peut-être adoucir la pénurie de logements que connaît Genève.