Politique

A Genève, les présidents valsent

Les partis politiques aiguisent leurs stratégies pour (re) conquérir le pouvoir. L’heure est au choix des capitaines qui les guideront vers les élections cantonales 2018

Source d’intense satisfaction lorsque la victoire est goûtée ou d’amertume et de solitude lorsque la défaite s’abat, la présidence d’un parti politique demeure une fonction le plus souvent ingrate et éprouvante lorsqu’il s’agit de devoir gérer les sensibilités et les névroses de ses troupes. Si certains jettent l’éponge – à l’image d’un Laurent Seydoux, ancien chef de file des Vert’libéraux genevois qui annonçait lundi quitter une politique genevoise «à désespérer» –, d’autres semblent encore pétris de désir pour le poste.

Ce jeudi soir, le député au Grand Conseil Bertrand Buchs, unique candidat à la présidence du Parti démocrate-chrétien, aura l’honneur d’ouvrir le bal du printemps qui marque le début du grand renouvellement à la tête des partis genevois. Si les libéraux-radicaux ont préféré élire leur guide avant les élections fédérales, et si les socialistes s’apprêtent à prolonger le mandat de leur actuelle présidente Carole-Anne Kast, les autres formations devront dénicher – si ce n’est déjà pas le cas – la perle rare (espèrent-elles) qui les conduira vers les élections cantonales de mai 2018. Décryptage des enjeux.

PDC: rester fidèle

Dès son entrée en fonction en mars 2014, le démocrate-chrétien Sébastien Desfayes donnait le ton de sa présidence: «Avec moi, il n’y aura pas d’alliance avec le MCG ou l’UDC. On ne peut pas se battre pour les bilatérales, contre l’initiative sur l’immigration et s’allier comme si nous partagions les mêmes valeurs.» Cette stratégie a-t-elle fonctionné? Difficile à dire si c’est cette posture précise qui a payé, mais les résultats sont là. En 2015, le PDC a renforcé sa présence dans les communes et gonflé son score aux élections fédérales, sans pour autant décrocher un second siège à Berne.

Bertrand Buchs – successeur et seul prétendant au poste depuis le retrait concerté de la candidature du député Vincent Maitre – apparaît comme étant très attaché à préserver le parapet qui sépare son parti de la «Nouvelle force» (UDC et MCG). Mais en coulisses, certains spéculent déjà sur un rapprochement possible entre l’UDC et l’Entente PLR-PDC en 2018. Origine de la conjecture? L’imprévisibilité du MCG considéré comme un allié peu fiable de l’UDC et le départ du gouvernement du conseiller d’Etat libéral-radical François Longchamp. Parmi ses successeurs potentiels, les députés Cyril Aellen et Nathalie Fontanet, le premier s’était clairement prononcé pour une grande alliance de droite.

MCG: la relève absente

Le parti contestataire, phénomène politique de la dernière décennie, a-t-il dépassé son apogée? Après avoir multiplié presque par deux le nombre de ses sièges au Grand Conseil, passant de 9 députés en 2005 à 17 en 2009, le Mouvement citoyens genevois cofondé par Eric Stauffer s’est essoufflé, tant aux élections communales qu’au scrutin fédéral. Si ses ennemis lui prédisent une lente agonie, Roger Golay, son actuel président, n’a vu dans ces résultats que des soubresauts naturels de la vie politique. Néanmoins, le conseiller national devrait s’inquiéter de l’absence de nouvelles figures émergentes. Pour preuve, le «groupe de recherche» que l’élu souhaitait mettre sur pied pour dénicher un candidat à sa succession a échoué. Tout porte à croire que Roger Golay sera reconduit à sa fonction pour une année supplémentaire lors de l’assemblée générale du 29 avril. Selon lui, Eric Stauffer ne se présentera pas à la présidence.

Les Verts: freiner l’érosion

Depuis 2007, l’électorat des Verts genevois est en constante diminution. En 2013, ce phénomène atteint son paroxysme lorsque la formation perd sept fauteuils au Parlement et voit sa magistrate Michèle Künzler boutée hors de la Tour Baudet. En 2015, le parti écologiste perd toujours des sièges dans les communes et se voit contraint de lâcher son second siège au Conseil national. Pour le parti, l’heure est donc à la reconquête de son électorat, affirme sa co-secrétaire générale Delphine Klopfenstein. Comme pour le PDC, une seule candidature sera présentée le 19 mars lors de l’assemblée générale: celle du conseiller administratif carougeois Nicolas Walder. Vice-président des Verts depuis quatre ans déjà, l’homme devrait maintenir la ligne politique, plus à gauche, instaurée par Lisa Mazzone élue depuis à la Chambre basse. Cette dernière estime que le travail de terrain et le repositionnement politique du parti sur des thématiques propres aux écologistes devraient porter ses fruits aux élections cantonales.

UDC: l’espoir de grandir (enfin)

En 2009, l’UDC flirtait péniblement au-dessus du quorum (7%), n’emportant que 8,56% des suffrages. Et depuis son entrée au Parlement cantonal en 2001, son électorat n’avait jamais cessé, certes timidement, de s’effriter, jusqu’aux élections fédérales d’octobre 2015 où le parti a récupéré des voix. Face à un MCG qui occupe fréquemment le devant de la scène de la contestation et du discours anti-élite, les démocrates du centre peinent à exister. La section genevoise comptant près de 400 cotisants pèche aussi par manque cruel de relève politique, lui obstruant la possibilité d’accéder aux exécutifs et délibératifs communaux.

Présidente du parti jusqu’au 18 avril, la conseillère nationale Céline Amaudruz espère bien capitaliser sur l’accession du vaudois Guy Parmelin au Conseil fédéral. Mais il reviendra à son successeur (et à l’équipe qu’il doit constituer) de définir la stratégie. A ce jour, seul Marc Fuhrmann, président du Conseil municipal d’Hermance, s’est déclaré intéressé par la fonction.

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