L'Etat doit-il valider l'action de l'association Rien ne va plus en lui versant une subvention? Les députés genevois trancheront cette semaine. Les libéraux s'opposent au vote d'une subvention de 150000 francs destinée à l'association qui s'occupe depuis six ans de la prévention des troubles liés au jeu excessif. Raison du refus: des doutes sur la bonne gestion de «Rien ne va plus».

A la commission des finances, Alberto Velasco (PS), s'emporte: «Cet argent ne peut servir qu'à la prévention. Si la subvention n'est pas attribuée, l'argent retourne à la Confédération. Les libéraux font de l'obstruction idéologique sur l'existence des associations subventionnées. Ils ont déjà diminué le montant de la subvention qui était à l'origine de 900000 francs. En plus cette association est reconnue dans toute la Suisse et son travail fait référence. C'est incompréhensible que cela n'ait pas été réglé bien avant.»

La tâche des hôpitaux

Le libéral Edouard Cuendet, rapporteur de minorité, se défend de son côté de toute politisation des débats. «Les associations doivent être bien gérées, même si leur but est honorable. Un rapport de l'inspection des finances a montré des lacunes dans la gestion de Rien ne va plus et émis des doutes sur son efficacité. Nous préférerions que les hôpitaux universitaires genevois (HUG) reprennent cette mission.»

Le médecin Daniele Zullino, chef de clinique du service des abus de substances aux HUG, défend toutefois le travail de l'association. «Elle est notre seul moyen de faire prendre conscience aux gens qu'ils ont un problème avec le jeu. Sans eux, les joueurs compulsifs ne seraient pas redirigés vers un centre de soins. C'est une maladie encore peu reconnue médiatiquement, et Rien ne va plus joue un rôle fondamental dans le dépistage de ces troubles aux conséquences sociales graves. La menace qui pèse sur l'association met en péril tous les efforts de prévention. Nous ouvrirons dès janvier prochain aux Eaux-Vives un centre d'accueil spécifique à ce type de dépendance.»

Casinos libéralisés en 1993

A Rien ne va plus, la coordinatrice Yaël Liebkind explique les problèmes financiers de son association. «Nous avons d'abord travaillé avec le Casino de Genève qui nous a subventionnés de 2000 à 2003. Mais quand il n'a pas reçu de licence, nous avons du trouver d'autres moyens. En 2004 c'est la Loterie romande et le département de l'action sociale et de la santé qui nous ont apporté leur aide. Après, d'autres associations nous ont versé une partie de leurs subventions avec l'aval du Conseil d'Etat, d'où une partie de nos soucis avec la commission des finances. Si nous ne touchons pas la subvention, il n'y aura plus rien pour encadrer les joueurs.»

Ce débat genevois est à replacer dans le cadre suisse de la libéralisation des casinos votée par le peuple en 1993. Depuis l'entrée en vigueur de la loi en 2000, une partie de gains des casinos doit être affectée à la prévention du jeu excessif. La mise en œuvre de ces dispositions a beaucoup tardé. Genève est le seul canton romand à s'être doté d'une loi spécifique sur la prévention. Un montant de 200000 francs est alloué à cette tâche. La somme est prélevée sur les quelque 10 millions de francs que touche chaque année le canton comme part aux gains de son casino de Meyrin.