Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet de budget 2018 n’enthousiasme pas même ceux qui l’ont conçu: «Ni réjouissant ni satisfaisant. Mais acceptable», a résumé le ministre des Finances genevois, Serge Dal Busco, en présentant mardi sa copie, qui prévoit un lourd déficit de 261 millions de francs.

Le Conseil d’Etat n’a donc pas su trouver une vraie solution pour contrebalancer la stagnation des revenus à 8 milliards de francs – même si elle pourrait être atténuée par des prévisions économiques revues à la hausse – et l’augmentation des dépenses obligatoires. Notamment la contribution de 297 millions de francs que Genève doit à Berne au titre de la péréquation financière nationale, soit 43 millions de plus que l’année dernière, ou les coûts du social.

Tout au plus propose-t-il la suppression d’un subside de l’assurance maladie de 30 francs par adulte, pour une économie de 5,5 millions de francs. Et l’engagement de taxateurs qui devraient générer 42 millions de francs ainsi que la création d’un service de régularisation fiscale pour les dénonciations spontanées.

Les charges augmentent de 1,9%

C’est que les charges, elles, augmentent dangereusement de 1,9%. «Mais les deux tiers de celles-ci sont mécaniques ou contraintes par les lois», tempère Antonio Hodgers, ministre de l’Aménagement, du logement et de l’énergie. Il avance, pour marquer les esprits, «que chaque Genevois, bébés inclus, verse 800 francs pour la seule solidarité confédérale». Mais cette facture, ainsi que les intérêts de la dette, les prestations complémentaires, les subsides et le social ne sont pas seuls responsables de cette hausse prévue des charges.

En cause aussi: la création de 297 postes de fonctionnaires supplémentaires, «dont 114 n’occasionneront pas de coûts supplémentaires puisqu’ils seront autofinancés», s’empresse d’ajouter Anne Emery-Torracinta, à la tête du Département de l’instruction publique, en référence aux nouveaux taxateurs notamment. Le département de la socialiste se taille cependant la part du lion des nouveaux engagements, eu égard à la hausse démographique. Le pouvoir judiciaire, la police et les prisons en bénéficient aussi.

Ce n’est pas le seul coup de pouce à la fonction publique: le projet de budget maintient également une demi-annuité (hausse automatique des salaires) pour les fonctionnaires, soit 20 millions de francs. Le canton veut aussi augmenter les dépenses dans la formation, la santé, le handicap et les EMS.

Aucun frein non plus du côté des investissements, puisqu’ils s’élèvent à 773 millions de francs nets, répartis entre la mobilité, la formation, la santé et la sécurité. La dette, actuellement à 12,4 milliards de francs, pourrait s’en ressentir. Ce qui fait dire à Serge Dal Busco que «Genève risque une dégradation de sa notation». Aussi le Conseil d’Etat va-t-il proposer cet automne un plan financier de redressement quadriennal.

«Des demi-mesures»

Tard, trop tard, pour la droite, qui attendait autre chose du Conseil d’Etat que «des demi-mesures». Pour Cyril Aellen, député PLR au Grand Conseil, ce budget est «le résultat d’une politique de non-choix sans anticipation. On ne peut pas laisser croire que l’engagement de fonctionnaires par centaines depuis des années ne se répercute pas un jour sur les finances. 261 millions de déficit, cela équivaut à 1740 fonctionnaires non payés».

Pour le député, «si la seule chose que le Conseil d’Etat soit capable d’inventer comme économies, c’est la suppression d’un subside de 30 francs pour les plus faibles, c’est grave. Alors qu’en augmentant le temps de travail des professeurs…» Mais chien échaudé craint l’eau froide. En 2015, le plan de réduction des dépenses publiques proposé par le Conseil d’Etat l’avait conduit à la Bérézina, provoquant sept jours de grève et un rétropédalage.

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A quelques mois des élections, il n’a sans doute pas voulu prendre ce risque. Pas sûr qu’il infléchisse la droite du parlement. Le PLR acceptera d’entrer en matière sur le budget, tout en proposant des mesures structurelles et d’économies immédiates. «Mais si on est minorisé, on ne votera pas ce budget», avertit Cyril Aellen.

L’ironie, c’est qu’il ne sied pas non plus à la gauche: «Il est calamiteux, même s’il maintient les prestations sociales et qu’il est satisfaisant pour la fonction publique», estime le député socialiste Roger Deneys. Mais alors, que lui reproche-t-on? «Il se contente d’expédients ridicules à 5 millions, au lieu de proposer de nouvelles recettes fiscales!» Le PS, s’il n’a pas encore pris position, annonce qu’il n’acceptera pas une baisse des subsides de l’assurance maladie. La balle est désormais dans le camp du Grand Conseil, qui avait, l’an dernier, privé le canton de budget.