«J’aurais dû aller en prison plus tôt. Cela m’aurait permis de prendre conscience de mes erreurs.» Azim, de son prénom d’emprunt, 42 ans, reconnaît désormais avoir fait fort au volant. Des excès de vitesse à répétition, dont un gros à 192 km/h sur l’autoroute avec alcool, cannabis et conduite sans autorisation en prime. Jugé ce mardi par le Tribunal de police de Genève, ce «serial délinquant» de la route, condamné deux fois par le passé, voit son précédent sursis sauter et écope d’une peine d’ensemble de 21 mois de prison ferme.

Détenu provisoirement à Champ-Dollon depuis sept mois, ce natif de Saint-Etienne, domicilié en France voisine et travaillant ici comme serrurier, a déjà eu le temps de ruminer ses exploits et de comprendre que tout cela aurait pu finir beaucoup plus mal. «Je suis sincèrement désolé. Je ne me suis pas rendu compte des risques. J’ai eu de la chance de ne blesser personne.»

Une chronologie infernale

En avril 2017, le prévenu avait déjà été condamné par défaut à 15 mois de prison avec sursis pour un excès de 77 km/h. Il roulait tellement vite que la police n’avait pas pu le rattraper. «Je n’étais pas sobre», reconnaît-il aujourd’hui. En novembre 2018, rebelote avec une peine ferme de 180 jours-amendes pour avoir conduit en ayant bu et fumé des joints. «Et vous remettez ça un mois après?» s’étonne la présidente Sabina Mascotto. «J’étais complètement inconscient», répond Azim en invoquant une rupture, une dépression, un arrêt de travail et une descente aux enfers.

C’est au volant de sa vieille VW Scirocco grise — désormais confisquée et vouée à la destruction — qu’Azim a de nouveau allègrement violé toutes les règles. Il est passé à un cheveu du délit de chauffard en dépassant de 72 km/h (au lieu de 80 km/h) la limite prescrite sur l’autoroute. C’était le 19 décembre 2018. Il avait bu, fumé et conduit malgré une interdiction prononcée pour une durée indéterminée.

Le 1er janvier 2019, Azim était encore flashé à deux reprises par des radars sur sol vaudois (sans compter un excès de 2012 resté en rade et désormais prescrit), mais il faudra attendre le 3 janvier pour que le prévenu finisse sous les verrous et qu’un électrochoc se produise. Paradoxalement, les faits qui ont conduit à son arrestation sont aussi ceux pour lesquels il est finalement acquitté. Cette nuit-là, dans une rue de quartier des Pâquis, sa Scirocco avait embouti un véhicule correctement stationné, lequel avait encore heurté celui qui se trouvait devant lui. A l’arrivée de la police, Azim était en train de ramasser des débris sur la chaussée. A-t-il tenté de se dérober au test des substances? «Je me suis un peu débattu.»

Danger public

Lors de son interpellation, Azim a expliqué qu’un autre conduisait au moment de l’accident. Il affirmera ensuite, soi-disant par peur des représailles, que c’était bien lui au volant avant de revenir à sa première version. Deux amis, présents dans la voiture, confirment la thèse du quatrième larron, un certain Mehdi au visage balafré. Aux yeux du tribunal, le doute est suffisant pour acquitter le prévenu des événements du 3 janvier. La défense, représentée par Me Alice Aebischer, obtient gain de cause sur ce point mais ne parvient pas à éviter l’infraction alternative d’induction de la justice en erreur.

Pour le tribunal, la faute est lourde et dénote un manque total de considération pour la sécurité d’autrui. La présidente renonce à l’expulsion — ici facultative — réclamée par le parquet afin de préserver des perspectives professionnelles, mais prévient Azim qu’à la moindre incartade, il sera persona non grata.