La prison, dernier bastion de liberté. Pour les fumeurs genevois, en tout cas. Président du Conseil d'Etat, le ministre Pierre-François Unger a abandonné la cigarette il y a sept mois. C'est avec conviction qu'il a expliqué hier pourquoi le Conseil d'Etat rejette l'initiative «Fumée passive et santé». Le gouvernement partage la philosophie du texte, mais estime qu'il faut l'assortir d'exceptions. Il proposera donc au Grand Conseil d'élaborer un contre-projet.

Définition du lieu public

Lancée par un comité citoyen, l'initiative a abouti le 12 octobre 2005. Elle demande l'interdiction de fumer dans tous les lieux fermés publics et accessibles au public, sans exception. La polémique n'a pas tardé à éclater, par la voix de l'éminent constitutionnaliste genevois Andreas Auer. Selon le professeur, cette initiative porte une atteinte disproportionnée au droit de chacun au respect de sa sphère privée.

Le Conseil d'Etat genevois n'a toutefois pas suivi cet avis. «Nous partageons pour l'essentiel le souci des initiants de soustraire de la fumée passive les gens qui ne fument pas», explique Pierre-François Unger. Là où la position du gouvernement diverge de celle des initiants, c'est au sujet de la définition de «lieu public», jugée trop rigoureuse.

Protéger les plus faibles

Le contre-projet du Conseil d'Etat propose des exceptions pour les lieux de vie où l'autonomie du fumeur est fortement limitée. «Certaines personnes privées de liberté sont amenées à vivre dans un lieu public: les prisonniers, les gens qui ont perdu la raison, les personnes condamnées par une maladie neurologique dégénérative... Ce serait dramatique d'ajouter une peine supplémentaire à leur situation difficile.»

Et les kiosques à cigares

Pour le gouvernement, la pensée dominante ne doit pas atteindre la liberté des gens particulièrement affaiblis. Ni celle des commerçants spécialisés dans les produits du tabac... «On ne peut pas interdire la dégustation de cigares dans un kiosque à cigares», relève Pierre-François Unger.

Le Grand Conseil devra traiter cet objet lors de sa session des 26 et 27 janvier.