sécurité

A Genève, la privatisation du convoyage des détenus avance à marche forcée

Pierre Maudet achève d'externaliser certaines tâches de transport à une société de sécurité malgré le dépôt d'un projet de loi demandant tout le contraire. Polémique garantie

Difficile de freiner Pierre Maudet. Les députés genevois, qui planchent en commission sur un projet de loi visant à inscrire le transport des détenus comme une tâches régalienne de l'Etat, en savent désormais quelque chose. Comme l'a révélé mardi la RTS, le Département de la sécurité et de l'économie (DES) achève de remettre en mains privées certaines de ces activités pour début novembre. Ce contrat d'externalisation ne concerne que le «pur convoyage» d'une porte à une autre. L'escorte et la surveillance sur les sites concernés resteront de la compétence des assistants de sécurité publique (ASP).

Toute thématique touchant à l'uniforme est ultrasensible dans ce canton. Le destin mouvementé du Détachement de Convoyage et de Surveillance (DCS) ne fera pas exception. En d'avril dernier, une première annonce laissant présager la disparition pure et simple de ce service met le feu aux poudres. La colère n'est pas seulement syndicale ou politique. Elle est aussi judiciaire. «Il a fallu taper du poing sur la table pour se faire entendre du département», rappelle le procureur général Olivier Jornot.

Pour la magistrature, la privatisation du convoyage motorisé - déjà pratiqué en partie depuis plusieurs années - ne pose pas de problème particulier. Tout au contraire de la surveillance des salles d'audience ou de la détention sur un site judiciaire. «L'image de la justice est une image étatique», souligne encore Olivier Jornot tout en rappelant les aspects délicats de confidentialité et d'usage de la contrainte liés à cette activité. 

Une privatisation qui suscite la polémique

Redimensionnée après cette mise au point, la privatisation totale du convoyage suscite toujours la polémique. Un projet de loi, concocté par le député socialiste Christian Dandrès, a trouvé l'appui de toute la gauche mais aussi de l'UDC et du MCG. Le texte, visant à maintenir les tâches de transport des détenus en mains d'un personnel de police assermenté, est actuellement discuté en commission.

Pas de quoi ralentir la marche de Pierre Maudet. Emmanuelle Lo Verso, porte-parole du DSE, confirme que la société Securitas sera désormais chargée de tout le convoyage. Cela permettra l'affectation de 12 ASP à la garde des ambassades, une tâche que la Confédération a abandonnée mais continue de subventionner. «Le montant de cet avenant au contrat d'externalisation est évalué à un peu moins d'1,1 million de francs», précise encore cette dernière. Le montant global n'est pas révélé.

La méthode est dénoncée par Christian Dandrès: «C'est une démarche indigne d'un magistrat. Pierre Maudet se moque de ses partenaires politiques et de la population. Lors du débat sur la loi sur la police, il avait accepté de réserver la privatisation à des mandats très limités afin d'obtenir l'appui des socialistes. Lors de la votation populaire sur ce même thème, il avait assuré que la sécurité privée ne remplacerait jamais les policiers. Aujourd'hui, il court-circuite le parlement sur une question sensible et éminemment politique». 

Une critique balayée en ces termes par Emmanuelle Lo Verso: «Il ne s'agit aucunement de passer en force mais de garantir une situation qui existe depuis des années et qui est pratiquée par de nombreux cantons». Il en faudra sans doute plus pour calmer les esprits. 

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