Alors que la crise du logement asphyxie le canton, comment l’Etat de Genève en est-il arrivé à gérer son patrimoine immobilier en dépit du bon sens? Outre la location d’objets à des prix inférieurs au marché (LT du 03.02.2011), révélée par un rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF), les avantages indus dont ont bénéficié certains locataires s’expliquent-ils par du copinage entre eux et les membres du service de la gérance? «Je ne me prononce pas, et je ne confirme pas le copinage. D’ailleurs l’ICF ne pointe aucun problème relevant du domaine pénal», a déclaré jeudi devant la presse le libéral Mark Muller, président du Conseil d’Etat et ministre de tutelle du service. Il est lui-même en mauvaise posture, accusé d’avoir menti et tardé à réagir dans cette affaire.

«Le mal est profond»

Comment en est-on arrivé aux situations évoquées dans l’audit, comme celle d’un fonctionnaire louant depuis plus de 20 ans une villa de sept pièces à 950 francs par mois? «C’est le reflet d’une époque où ce type de pratiques avait cours. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, où l’Etat a pour règle de ne rien louer à ses collaborateurs», relève Mark Muller.

Dans ce cas, comment l’Etat compte-t-il remédier aux diverses irrégularités relevées par l’ICF? «Dans les cas problématiques, il y aura une discussion avec les locataires, qui pourra aller jusqu’à la résiliation du bail», explique le magistrat. Mais parmi les fonctionnaires à qui l’Etat a concédé un bail, ceux qui paient un loyer conforme au marché ne seront pas inquiétés, ajoute-t-il.

Aujourd’hui, «le mal est profond. Il faudra deux à trois ans pour assainir totalement la situation» dans le service, estime le ministre. La direction actuelle n’est cependant pas en cause, assure-t-il: «J’ai nommé deux cadres il y a un an et demi pour faire le ménage.» La décision de procéder à un audit «a été prise d’un commun accord par l’ICF et mon département», assure l’élu. «Faux», clame Eric Stauffer, président du Mouvement Citoyens genevois, qui taxe le ministre de «menteur». «L’ICF s’est auto-saisie du dossier.» A l’appui de cette version, l’agence Decaprod cite un procès-verbal de séance de la Commission de contrôle de gestion, où Charles Pict, directeur de l’ICF, confirme que l’audit n’a pas été demandé par le département.

Mais pourquoi, alors que certains faits avaient déjà été soulevés dans un précédent rapport de l’ICF, rien n’a été entrepris plus tôt? «Je ne sais pas», répond Mark Muller. Même Cyril Aellen, le président du Parti libéral, désapprouve: «J’ai un reproche à faire à Mark Muller, on a l’impression que ça n’a pas été assez vite», a-t-il déclaré jeudi sur One FM à propos de la nomination de la nouvelle équipe à la tête du service.