La sérénité au détriment des économies. C’est en ces termes qu’on peut qualifier le budget 2019 de l’Etat de Genève (8,58 milliards de charges et 8,61 milliards de revenus), accepté hier au Grand Conseil par 52 voix pour, 43 contre et une abstention.

Ce budget est résolument prodigue, avec 377 postes créés dans la fonction publique et une hausse des charges de 3%. Les grands gagnants seront les Hôpitaux universitaires, l’Hospice général, les soins à domicile, les EMS et, dans une moindre mesure, la protection des mineurs et des adultes, les infirmières scolaires et la police. Le bénéfice prévu, qui se montait à 235 millions après des prévisions fiscales revues à la hausse, a fondu à 27,8 millions. En ces circonstances, le Cartel intersyndical va pouvoir ranger ses banderoles et s’épargner ses traditionnelles manifestations sous les fenêtres des élus.

«Un budget solidaire, responsable et nécessaire»

Cette performance revient à l’extrême gauche, qui a réussi à faire reprendre à son compte par le Conseil d’Etat une série d’amendements capables de faire basculer le parlement. Ensemble à gauche, qui avait refusé le budget en Commission des finances pour des raisons diamétralement opposées à la droite, a âprement marchandé ses voix: il en coûtera au canton 25 millions supplémentaires. La gauche radicale a entraîné derrière elle les socialistes, les Verts et le Mouvement Citoyens genevois, jamais en retard pour soutenir la fonction publique.

Le PLR et le PDC, résolument opposés aux largesses, n’ont pas réussi à réunir des majorités avec leurs propositions. Le PDC, considéré à tort comme l’arbitre, a échoué à rallier à son idée de la tempérance, soit ramener la hausse des charges à 1,5%. Il a été raillé par la gauche, comme le socialiste Thomas Wenger, saluant «un budget solidaire, responsable et nécessaire» et accusant le parti du centre «d’avoir eu l’obsession de couper, peu importe où». «Pour nous, il n’était pas question de couper dans les prestations existantes, mais de limiter les charges, justifie Jean-Luc Forni. Comment allons-nous désormais financer nos investissements sans creuser la dette? Cette politique est très risquée et totalement déraisonnable.»

Lire aussi: A Genève, le PDC pose ses conditions pour soutenir le budget cantonal

Promesses passées oubliées

Dans une législature troublée par «l’affaire Maudet», le Conseil d'Etat ne craignait rien tant que de se retrouver tout nu et de devoir fonctionner l’année prochaine sur des douzièmes provisoires. D’autant plus qu’il redoute aussi les prochaines échéances, la réforme de la Caisse de prévoyance de l’Etat (CPEG), la réforme fiscale des entreprises (RFFA), la mise en service du Léman Express, comme l’a rappelé la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet. Oubliées, par conséquent, les promesses passées du gouvernement: «Aucune réforme structurelle n’est présente dans ce budget, rappelle le PLR Cyril Aellen. On a un Conseil d’Etat fébrile et craintif face aux revendications excessives du Cartel intersyndical. Son président, Marc Simeth, est l’homme le plus influent sur les décisions du Conseil d’Etat.»

Il est inédit que le gouvernement s’impose de reprendre des revendications d’un groupe d’extrême gauche non représenté au gouvernement, constate la droite genevoise. Elle l'aurait peut-être compris si le Conseil d'Etat avait marchandé la réforme de la CPEG. Mais là, elle a avalé de travers la traditionnelle soupe de l’Escalade servie à l’issue du vote.