Genève

A Genève, la p’tite poubelle verte se remplit bien mais se vide difficilement

Pour échapper à la taxe au sac, Genève distribue gratuitement des kits pour les déchets de cuisine. Mais le réseau de collecte n’est pas encore finalisé et l’Etat compte sur les propriétaires

Elle est entrée par la grande porte, la p’tite poubelle verte, saluée par toute la République. Mais par où donc sort-elle? C’est la question que se posent de nombreux Genevois, après avoir reçu leur kit destiné aux déchets de cuisine.

En septembre, Genève affichait sa singularité sur le front du recyclage. Dernier canton à ne pas avoir introduit de taxe au sac, il préférait une solution originale: distribuer gratuitement 130 000 petites poubelles aux ménages pour leurs déchets organiques. Avec pour objectif de parvenir à un taux de recyclage de 50%, quand Genève, avec un modeste 46%, fait figure de cancre de la classe verte. A ce jour, 37% des kits ont trouvé leur destinataire.

En Ville, 8300 poubelles ont été distribuées sur les 50 000 commandées. Un défi logistique, puisqu’il s’agit pour la voirie de faire du porte-à-porte. Des 21 autres communes participantes, certaines ont opté pour les stands ou les tous ménages incitant les habitants à la chercher à la mairie.

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79 écopoints équipés

Si la distribution fonctionne, la collecte pèche encore un peu, et pour cause: «En Ville de Genève, le réseau de containers est développé en même temps que la distribution», fait savoir le Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture. Avec le risque d’offrir une poubelle avant que ne lui soit assignée sa destination finale. A ce jour, 79 écopoints (sur 112) ont été équipés de containers spécifiques ou sont en train de l’être. Mais l’Etat compte aussi sur les propriétaires: «L’équipement des immeubles appartient aux régies qui ont été impliquées dans la campagne», explique le département. Où l’on sent poindre les tensions.

Dans les anciens immeubles, l’espace manque

De fait, elles auraient pu avoir raison de l’entente cordiale, certains propriétaires ayant le sentiment qu’on a voulu leur tordre le bras, malgré leur volonté de collaborer: «Les régies encouragent le tri des déchets à chaque fois que c’est techniquement possible, explique Philippe Angelozzi, secrétaire général de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier à Genève (USPI). Mais dans les anciens immeubles, l’espace manque parfois pour ces nouveaux containers. Certains se sont plaints de l’inflexibilité du service de la voirie, qui menaçait dans un premier temps d’amender les récalcitrants.» Conformément d’ailleurs au nouveau règlement communal sur la gestion des déchets.

«Heureusement que le conseiller administratif Guillaume Barazzone est intervenu pour que le dialogue se fasse avec le service de la voirie», poursuit-il. A satisfaction, semble-t-il. Notamment depuis que la voirie eût renoncé à son idée d’équiper les escaliers de rails pour faire monter et descendre les containers, par égard pour la santé des concierges. «Chacun doit faire un effort, mais on peut prévoir des exceptions, estime le conseiller administratif. L’idée est que les gens puissent mettre leurs déchets dans leurs immeubles. Lorsque cela n’est pas possible, on équipe les écopoints.» La Vieille Ville par exemple en est la meilleure illustration.

Persuasion plutôt que sanction, c’est la méthode Barazzone pour imposer la p’tite poubelle verte. Ses services écrivent sans relâche aux régisseurs pour attirer leur attention sur le règlement. A ce jour, sur 10 000 allées d’immeubles que compte la Ville, 23% sont en règle, équipées de trois types de poubelles. Même si cette proportion a plus que doublé depuis l’an dernier, on est encore loin du compte. Du coup, la Ville compte aussi sur la bonne volonté des habitants, avertis par lettre de l’écopoint le plus proche.

Certaines petites communes testent d’abord

Les petites communes, elles, font dans le bricolage créatif. Car le tri des déchets de cuisine nécessite aussi d’équiper leurs points de collecte ou d’organiser des levées, avec pour conséquence de revoir les contrats passés avec les prestataires, comme à Veyrier par exemple. Celles qui lèvent les déchets de cuisine au porte-à-porte en même temps que les déchets végétaux doivent prévoir des containers distincts, car la filière de recyclage n’est pas la même.

Certaines avancent sur la réserve. Pour des motifs de trafic à Perly-Certoux, étranglée par des travaux routiers, qui a donc pour l’instant circonscrit l’opération à 830 ménages dans une zone où ça roule sans encombrement. Thônex a choisi de tester l’affaire dans un quartier urbanisé; car elle s’interroge sur l’énergie cachée du ramassage par camions en zones villas. Plan-les-Ouates fait une campagne d’affichage du feu de Dieu, mais s’en remet aux propriétaires pour l’essentiel des collectes.

Mais partout, semble-t-il, l’engouement des gens se fait sentir à l’endroit de la p’tite poubelle verte. Reste à espérer qu’ils ne se découragent pas devant le jeu de piste auquel ils sont conviés pour s’en débarrasser.

A propos de la pratique dans le canton de Vaud: La taxe au sac réduit les déchets et le scepticisme ambiant

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