A Genève, 5 élèves sur 1000 ont été confrontés à de la violence en milieu scolaire en 2007-2008. Faut-il s'en émouvoir? Ou au contraire se sentir rassuré? Il est trop tôt pour évaluer la portée de ce chiffre, selon Charles Beer, patron socialiste de l'Ecole genevoise. Car, en Suisse, cette photographie (voir ci-contre) de la violence scolaire est inédite: Genève est le premier canton à utiliser le logiciel Signa, développé en France en 2004. Pour le magistrat, il s'agit notamment de dépassionner le débat, où s'affrontent des visions trop tranchées, alors que la réalité n'est «ni noire ni blanche». Pourtant, à la lecture des résultats, une première conclusion s'impose: «Les actes de violence à l'école sont une réalité», note le conseiller d'Etat.

Exemple et dérives en France

Quand un élève tente d'étrangler un professeur, comme ce fut le cas en 2003 dans un cycle d'orientation de la commune d'Onex, cela marque les esprits. «Quand j'ai été élu, j'ai été frappé par le degré d'inquiétude des politiques et des médias par rapport à la violence à l'école. Les députés du Grand Conseil ont déposé plusieurs textes faisant état de leurs craintes. Mais le débat a longtemps eu lieu sans chiffres», relève Charles Beer.

La décision d'utiliser le logiciel Signa remonte à l'après-G8: des experts avaient alors recommandé au canton de recenser les faits de violence, notamment en milieu scolaire. «J'ai contacté le Ministère de l'éducation nationale en France pour pouvoir utiliser Signa à Genève: le logiciel nous a été gracieusement mis à disposition. A ma connaissance, il n'existe pas d'éléments comparatifs en Suisse», dit le ministre. Qui souligne l'anonymat des réponses: aucun nom d'établissement ou d'auteur d'actes n'est destiné à être public. Le risque n'est toutefois pas nul: en France, l'hebdomadaire Le Point avait fini par mettre la main sur les données établies par Signa, et s'était empressé de publier un classement des établissements en fonction de leur degré de violence.

Pas de publication des noms

Un scénario horripilant aux yeux de Charles Beer, qui n'a guère l'intention d'en arriver là: «Il est exclu que les gens choisissent leurs écoles comme on sélectionne ses produits au supermarché. Publier des noms serait stigmatisant et inutile.»

Le ministre établit toutefois à demi-mot un lien entre la violence et les quartiers réputés difficiles: «C'est pour améliorer le climat scolaire, notamment dans ces établissements, que nous allons étendre le Réseau d'enseignement prioritaire.»

Surtout des atteintes à autrui

Signa ne se concentre que sur les actes qui remplissent l'une des trois conditions suivantes: si la qualification pénale est évidente; s'il y a eu un signalement à la police, à la justice ou à un service social; si les actes en question ont eu un fort retentissement dans les milieux scolaires.

Verdict: pendant l'année scolaire 2007-2008, 338 actes de violence ont été recensés au primaire, au cycle d'orientation et au post-obligatoire. Deux tiers de ces actes, soit 224, sont des atteintes à autrui. Autrement dit: des violences physiques sans armes (115 cas) et des insultes graves (55 cas). Les actes les plus inquiétants sont rares, comme les menaces graves (21 cas), les violences physiques à caractère sexuel (6 cas) ou le racket (7 cas). Le recensement dénombre 17 cas de «violences physiques avec arme», mais pas de port d'arme: «Il s'agit principalement de bagarres où un objet, par exemple un bâton, se transforme en arme», explique Dominique Gros, directeur adjoint au Service de la recherche en éducation.

Au post-obligatoire, les élèves se livrent davantage à des déprédations de matériel qu'à des règlements de comptes, car ils sont conscients de s'exposer à des sanctions. Du coup, le taux d'atteinte aux biens (35%) est plus élevé que dans les autres degrés.

Selon le recensement, trois quarts des faits de violence scolaire sont attribuables aux élèves, dont 65,7% de garçons. Quant aux victimes, il s'agit majoritairement d'élèves, mais, dans un cas sur quatre, il s'agit de membres du personnel scolaire: enseignants, administration, direction, etc. Ces derniers sont particulièrement concernés dans le secondaire.

Non exhaustif et subjectif

Le logiciel Signa n'est pas parfait, et les données qu'il met en évidence doivent être prises avec des pincettes, souligne Charles Beer. D'abord, le résultat n'est pas exhaustif: seuls sont recensés les actes qui ont été rapportés. Ainsi, certains établissements n'ont rien signalé du tout. Par ailleurs, malgré les critères fixés, il demeure une certaine subjectivité dans l'appréciation des actes: selon Dominique Gros, «avec le temps, une jurisprudence se créera entre les établissements».

Le rapport complet est disponible sur Internet: http://www.geneve.ch/dip/