Sur les 47 mineurs non accompagnés (ou MNA) pris en charge par le Service de protection des mineurs (ou SPMi), vingt et un n’avaient pas d’hébergement en décembre. «Ils dorment dans des foyers destinés aux majeurs ou dans des dispositifs d’urgence principalement adressés aux SDF comme les sleep-in et les abris de la protection civile», s’indigne Julie, porte-parole du collectif Lutte des MNA.

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Mobilisés depuis cet été, les militants multiplient les actions pour que ces migrants mineurs qui ne peuvent prétendre à une demande d’asile soient scolarisés et que leurs conditions d’accueil soient améliorées. Estimant «qu’aucune mesure satisfaisante n’a été mise en place», les jeunes militants ont décidé d’occuper avec sept MNA la Maison des arts du Grütli ce 13 janvier et ce, «jusqu’à ce qu’une prise en charge digne et adaptée soit assurée pour chacun et chacune», déclarent-ils dans un communiqué.

L’ouverture en novembre d’un foyer pouvant accueillir 20 mineurs n’a pas permis au SPMi d’offrir un hébergement pour tous. «Les MNA sont une réalité mouvante, souligne Carlos Sequeira, directeur du SPMi. Ils étaient une trentaine l’an dernier et aujourd’hui une cinquantaine, principalement en provenance d’Algérie et de Tunisie.» Des jeunes étaient logés dans des hôtels, «mais certains gérants ont décidé d’arrêter, regrette-t-il. Ils souffrent d’une mauvaise image à la suite de la manifestation qui a eu lieu devant l’Hôtel Aïda en octobre et sont complètement découragés.»

Le manque d’une formation

Ce type de logement offert actuellement à six mineurs est dénoncé par les militants de Lutte pour les MNA, qui rappellent que les gérants d’hôtel ne sont pas formés pour s’occuper de mineurs convenablement. Dans le nouveau foyer, situé route de Malagnou, trois éducateurs sont présents en journée pour encadrer les mineurs. «Au début, ils ne se bousculent pas au portillon pour avoir une place, observe Cindy Parizot, cheffe de service à la direction du SPMi. Il faut suivre des règles strictes et dans la réalité la plupart des jeunes sont épris de liberté et ne recherchent pas cet encadrement. Mais aujourd’hui, le foyer est complet et fonctionne bien.»

Une nouvelle permanence a également été ouverte en septembre pour accueillir les mineurs. «Nous les conseillons et les orientons vers un lieu où dormir ou un endroit où manger et se laver gratuitement», précise Cindy Parizot. Sa collègue cheffe de groupe RMNA-MNA ajoute que dix places dans des hébergements gérés par l’Hospice général ont également été ouvertes sur décision du Conseil d’Etat en 2018. «Comme elles n’offrent pas un appui éducatif dans ces lieux, mais un budget pour faire leurs courses, ces places sont attribuées aux jeunes les plus autonomes, selon leur comportement, leur ponctualité et leur habilité à formuler des demandes auprès des curateurs du SPMi.»

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Une demande récurrente exprimée par ces jeunes est l’accès à une formation. En ce sens, le Conseil d’Etat genevois a accepté de rencontrer le collectif le 26 août dernier. «Il a été convenu que dès le lendemain les MNA seraient reçus par leurs curateurs pour leur trouver une place de formation adaptée à leur situation et besoins spécifiques, raconte la porte-parole du collectif. Or, nous n’avons jamais eu de nouvelles et les jeunes non plus.» Quatre mois plus tard, l’exaspération a laissé place à la résignation pour certains mineurs et à la protestation pour d’autres.

Un futur aux lignes abstraites

Les MNA sont confrontés à différents obstacles, dont le doute de l’âge annoncé par le jeune, et donc de sa minorité. Le SPMi rappelle qu'«un MNA n’a pas de statut légal et n’a donc pas d’avenir possible en Suisse une fois arrivé à sa majorité. Le rôle éducatif des professionnels qui le suivent est alors de le préparer à un projet d’avenir réaliste, impliquant un retour dans son pays d’origine.»

Ces jeunes qui espéraient se reconstruire en Suisse, y étudier, y travailler, ne peuvent pour la plupart qu’y patienter. «Que va-t-il se passer quand j’aurai 18 ans», s’inquiétait déjà en août dernier Ahmed*, 16 ans, venu seul d’Algérie à l’âge de 14 ans. Son ami Walid*, lui aussi Algérien, a 17 ans et vit avec cette angoisse quotidienne. «Ce que l’on veut, c’est aller à l’école avant tout», disait-il cet été. Si son ambition reste inchangée en 2020, l’échéance pour sa réalisation se rapproche à grands pas.

Mais Walid «ne lâche rien». Pour changer la donne, il a décidé de s’impliquer davantage dans les manifestations organisées par le collectif Lutte des MNA. «Je sais qu’il est déjà trop tard pour moi, mais je refuse que les prochains se retrouvent dans ma situation, déclare-t-il avec aplomb. C’est pour eux que je m’exprime, pour qu’ils aient un endroit sûr où dormir, surtout en hiver, et un accès à une formation rapidement. J’aurais aimé en bénéficier, cela m’aurait permis de mieux m’intégrer et de me construire un futur au lieu de tourner en rond et d’accumuler du retard.»


* Prénoms d’emprunt.