Avec un pincement de cœur, mais un certain soulagement aussi, Micheline Spoerri a cédé hier soir la présidence du Parti libéral genevois. Eprouvée, contestée par certains depuis le psychodrame qui a mené à l'éviction de Claude Haegi de la course au Conseil d'Etat, il n'était pas question pour elle de briguer un nouveau mandat.

Les libéraux se sont donc mis en quête d'une personne qui ne serait ni trop proche du clan Haegi, ni des amis de Michel Balestra. Il fallait un rassembleur capable de séduire tant l'aile plus humaniste du parti que les milieux économiques et financiers. Les candidats ne se sont pas bousculés. Des anciens ont été approchés, Hervé Burdet, qui fut président du Grand Conseil, René Koechlin, l'actuel meneur de jeu du parlement. Ils ont décliné l'offre. Finalement, Renaud Gautier, 46 ans, gérant de fortunes et Genevois de vieille souche, a relevé le défi. «Ce qui m'a fait accepter? J'ai vu de la lumière et je suis entré!» plaisante-t-il, grinçant. Le nouveau président ne méprise pas l'humour. Il est volontiers pince-sans-rire, provocateur et un brin cassant. Direct, dynamique, il aime la voile et, en ville, ne se déplace qu'en moto. Son style, c'est, par exemple, d'envoyer pour les vœux de fin d'année, une carte avec une citation de Brecht.

Renaud Gautier déteste que l'on réduise son parti à deux ailes qui cohabitent tant bien que mal. «L'homme est un tout», lance-t-il, philosophique. Disons donc, en vrac, que Renaud Gautier, 46 ans, marié et père de trois enfants, a travaillé dix ans à la Banque Pictet, comme analyste financier puis gérant de fortune et qu'en 1989, il a créé sa propre société de «gestion d'avoirs», sise à la place du Molard. Interpellé, comme il dit, «par les phénomènes d'exclusion», il siège aussi au conseil d'administration de l'Hospice général, il est membre du bureau de SidAccueil et vice-président de l'Association pour la prévention de la torture, créée par son oncle Jean-Jacques.

S'il lui fallait choisir entre les hommes de sa famille, c'est cette filiation qu'il revendiquerait d'abord. Renaud Gautier a aussi eu «un cousin issu de germain», André Gautier, pédiatre, qui fut président du Conseil national, et un arrière grand-oncle, Victor, conseiller aux Etats. Sa famille, très protestante, est l'une des plus anciennes de Genève. Cela n'empêche pas quelque métissage: il tient, dit-il, sa peau mate et bronzée, de «sang sarrasin».

Avant les élections de 1993, les libéraux s'étaient donné pour slogan «Un projet pour Genève». L'automne dernier, ils marchaient derrière la bannière: «Nous croyons en Genève». Renaud Gautier arrive avec un nouvel étendard: «Occupons-nous de Genève».

Trois thèmes lui tiennent particulièrement à cœur. Pour ce «mauvais élève» – c'est lui qui le dit –, il faut investir dans l'éducation et la formation. Martine Brunschwig Graf, de qui il est très proche - «nous sommes une petite bande et nous réunissons souvent pour faire la fête et plaisanter, pas pour parler politique»- appréciera. Deuxième axe: «Réfléchir sur le mieux d'Etat, sur la politique fiscale et sociale». Enfin, il tient beaucoup à l'ouverture de Genève. Pour mener ces «chantiers», il va s'entourer «d'une équipe de jeunes». La tâche sera lourde: l'année prochaine compte deux échéances électorales, les municipales et les fédérales.