Fonction publique

Genève renoue avec la grève

Lundi, 1500 fonctionnaires ont débrayé et défilé dans les rues de Genève, en colère contre plusieurs projets du Conseil d'Etat. Ils ont voté la reconduction de la grève le 14 décembre

Devant le cortège des manifestants, un passant jette à son voisin: «Ce soir, c’est la Révolution!» Pas encore, mon bon Monsieur, mais ils en rêvent. Lundi soir, les fonctionnaires genevois ont renoué avec la grève, selon une partition désormais bien rodée.

Un catalogue de récriminations varié

Selon la police, le cortège a rassemblé environ 1500 personnes, dont une bonne moitié a rejoint les grévistes qui tenaient leur assemblée du personnel un peu plus tôt. C’est beaucoup moins qu’en 2015, sept jours de grève et jusqu’à 10 000 personnes dans la rue. Mais ce n’est pas moins décidés qu’ils ont défilé lundi, slogans dans les mégaphones, sifflets aux lèvres, calicots au bras: «Serge, casse pas ma caisse!» Ou: «Au Score, ils sont devenus fous!» Et encore: «Prochain vol du Conseil d’Etat: une école low cost».

Il faut dire que leur catalogue de récriminations est varié, puisque tout y passe: réforme de la grille salariale à l’Etat (Score), renflouement de la caisse de pension des fonctionnaires (CPEG), mesures d’économies structurelles. Aussi, le président du Cartel intersyndical, Marc Simeth, a-t-il filé la métaphore devant l’assemblée du personnel, comparant ces objets de lutte à des bateaux plus ou moins distants du feu syndical: «Il s’agit aujourd’hui de tirer un coup de semonce, pour ensuite se rapprocher des cibles».

Autre rassemblement mercredi

La première, c’est le projet de budget 2018, qui prévoit 186 millions de francs de déficit et sur lequel le Grand Conseil va se prononcer le 14 décembre. Si l’on chausse les lunettes rouges des syndicats, il s’agit de rester vigilant devant «un budget d’austérité douce», même si la commission des finances du Grand Conseil a biffé deux mesures d’économies prévues initialement: elle a maintenu l’annuité complète (hausse automatique des salaires) et a rétabli le subside d’assurance maladie que le Conseil d’Etat voulait supprimer.

En outre, ce projet de budget prévoit 300 postes supplémentaires et une croissance des charges de 1,9%. «Mais il faut conserver la pression jusqu’au vote, explique Salima Moyard dans le cortège, députée socialiste au Grand Conseil et présidente du syndicat des enseignants du Cycle d’orientation. Car tout n’est pas encore bouclé avec ces amendements». Raison pour laquelle l’assemblée du personnel a voté à l’unanimité la reconduction de la grève jeudi 14 décembre. Elle a aussi décidé d’un rassemblement, ce mercredi, sous les fenêtres du Conseil d’Etat, «jour où celui-ci nous annoncera des mesures structurelles de 44 millions de francs», explique Marc Simeth.

Le projet Score

Deuxième cible à abattre: le projet de loi du Conseil d’Etat sur la réforme de la grille salariale, Score. Les syndicats crient au «salaire au mérite et à l’absence de transparence». Le projet déplaît en ce qu’il «laisse au Conseil d’Etat la liberté de modifier les salaires par voie réglementaire», selon le parti socialiste qui soutient la grève.

Pourtant, ce projet promet des hausses non négligeables: 57% des collaborateurs de l’Etat et des établissements autonomes verront leurs salaires revalorisés, ce qui coûtera 60 millions de francs par an. Les gagnants seront les femmes, les métiers de la santé et du social, et personne ne verra son salaire baisser, selon le Conseil d’Etat. Mais un verre à moitié plein pour les autorités, c’est un verre à moitié vide pour la fonction publique.

«Un sauvetage sur le dos des salariés»

La grogne ne s’arrête pas là. La recapitalisation de la Caisse de pension de l’Etat de Genève (CPEG), estimée à 4,7 milliards de francs, est décrite comme «un sauvetage sur le dos des salariés». En cause: le passage de la primauté de prestations à la primauté de cotisations et une augmentation de la part des cotisations payées par les employés. «Sur Score et la CPEG, nous ne gagnerons pas avant Noël, avertit Marc Simeth. Il faudra poursuivre la mobilisation au printemps».

Parviendra-t-il à donner de l’allant au mouvement? Rien n’est moins sûr. Salima Moyard suggérait d’ailleurs devant l’assemblée de «garder nos forces, car ce sera long et compliqué». Le PLR quant à lui a estimé que «cette grève est irresponsable et prend les administrés en otage».

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