Genève

A Genève, la rente à vie des conseillers d’Etat est sur la sellette

Amorcé dans le sillage de l’affaire Maudet, le débat sur les retraites des magistrats atteint un cap. Une initiative législative des Vert’libéraux demandant l’abolition d’un «privilège anachronique» vient d’aboutir

La proposition était dans l’air depuis plusieurs mois à Genève dans le sillage de l’affaire Maudet. C’est finalement d’un petit parti non représenté au gouvernement qu’elle a émergé. Lancée par les Vert’libéraux, l’initiative législative cantonale pour l’abolition des rentes à vie des conseillers d’Etat vient d’aboutir avec 5474 signatures. Elle est soumise au Grand Conseil. Lancée par l’indépendant Roger Deneys, une autre initiative visant à destituer Pierre Maudet pour l’empêcher de toucher sa rente a quant à elle échoué fin août.

Le président de la section genevoise des Vert’libéraux, Alexandre Peyraud, se dit doublement satisfait. «Faire aboutir une initiative lancée seul est toujours une satisfaction, note-t-il. Cela prouve notre présence dans le canton.» Sur le fond, il lui semblait important de lancer une «large réflexion» sur l’engagement politique. «Dans une société qui a évolué, où le profil des élus s’est passablement rajeuni, une rente à vie ne se justifie plus. Cela fait partie des privilèges désuets, inaudibles pour la population.»

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A défaut d’une rente à vie aujourd’hui attribuée après huit ans de fonction, le parti propose d’introduire, à la fin du mandat du conseiller d’Etat, une rente annuelle équivalente à 70% du dernier traitement durant vingt-quatre mois au maximum. Si elle est acceptée, l’initiative ne sera pas rétroactive. Au niveau de la ville de Genève, un projet de réforme prévoit une indemnité durant dix ans au maximum, suspendue si le magistrat retrouve un emploi qui, cumulé à sa rente, égale ou dépasse son salaire antérieur de conseiller administratif.

«Parachutes dorés»

Au niveau suisse, les Vert’libéraux sont ceux qui ont le plus tenté d’abolir le système des rentes à vie, avec succès à Berne et à Bâle-Ville notamment. N’est-ce pas plutôt la gauche qui s’attaque aux privilèges en général? «Nous sommes très regardants sur l’éthique en politique, affirme Alexandre Peyraud. Dans l’esprit de milice et de dévouement qui caractérise la démocratie suisse, les élus doivent être des représentants du peuple, pas des rois disposant de parachutes dorés en fin de carrière.»

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S’il soutient une réforme du système sur le fond, le président du Parti socialiste genevois, Gérard Deshusses, reste méfiant quant au calendrier du débat, fortement lié à la polémique qui a entouré Pierre Maudet, prévenu d’acceptation d’un avantage en lien avec son voyage à Abu Dhabi. «Nous sommes restés en retrait sur cette question, par souci de ne pas faire de chasse à l’homme, détaille-t-il. Laissons le procureur régler cette affaire avant de s’attaquer au problème des retraites des conseillers d’Etat.» Une «question d’élégance», selon lui.

«Fossé grandissant»

Pour Bertrand Reich, président du PLR, l’affaire Maudet ne doit pas empêcher de réfléchir. «Abolir la rente viagère est une excellente idée que le parti soutient pleinement.» Il n’y a en effet aucune raison, selon lui, qu’une personne qui achève sa mission publique à 40 ou 45 ans continue de toucher son salaire. «Cela crée un fossé grandissant entre les élus et la population. Or le politicien est avant tout un citoyen, il doit savoir servir et disparaître.» Sans prôner une fin abrupte, Bertrand Reich est partisan d’une «rente transitoire permettant à tout conseiller d’Etat de réintégrer le monde professionnel».

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