Retour temporaire aux abris PC pour les requérants déboutés

Genève Le collectif de défense plie, avec la promesse d’une solution

C’est un retour à la case départ, mais avec des garanties. Les quelque quarante requérants déboutés ont en effet regagné lundi les abris de la protection civile genevoise. Après deux mois d’occupation – la Maison des arts du Grütli en juin puis la salle du Faubourg depuis début juillet – ils vont donc de nouveau dormir sous terre, en attendant mieux.

La maire de Genève, Esther Alder, a fait savoir son soulagement lundi lors d’une conférence de presse, la Ville ayant soutenu le collectif d’occupation du Grütli («No Bunkers») en mettant à disposition cette salle: «Nous sommes extrêmement satisfaits que les requérants quittent la salle du Faubourg, comme ils s’y étaient engagés. Le mouvement, que la Ville considère comme légitime, a porté ses fruits, puisque le Conseil d’Etat s’est engagé à mettre à disposition de nouvelles places d’accueil.» Le bâtiment ONU-Sida devrait accueillir près de 150 requérants en janvier prochain, et une trentaine de places devraient être trouvées ailleurs dans le courant de l’automne par l’Hospice général. Car le conseiller d’Etat Mauro Poggia, en charge des affaires sociales, s’est engagé à fermer les abris PC en 2016.

Pour le collectif, ces assurances futures sont une victoire au goût amer: «Si nous sommes satisfaits? Non, car malheureusement nous voulions la fermeture des abris PC, répond Thibaut Vibert, membre du collectif. D’autant plus que nous avions trouvé à loger les migrants chez des habitants, une solution refusée par le Conseil d’Etat.» Il faut dire que le conseiller d’Etat chargé de la sécurité, Pierre Maudet, interviewé lundi par la Tribune de Genève , n’avait pas mâché ses mots, affirmant que «beaucoup de ces gens sont des délinquants, ayant commis en Suisse des actes de violence, des vols ou du trafic de drogue». Argument irrecevable, pour Aude Martenot, membre du collectif, «puisque nous avons refusé de lui transmettre la liste des migrants concernés. Il ne peut donc connaître leur casier judiciaire. Mais il est clair que les requérants déboutés sont en infraction à la loi sur les étrangers.»

«Intimidations policières»

Le collectif a dû avaler une autre couleuvre de la part du magistrat PLR, qui a traité le mouvement «d’imposture», l’accusant «de tromper la population sur le profil des personnes et d’instrumentaliser celles-ci à des fins politiques». Ce qui fait hurler Thibaut Vibert: «Pierre Maudet est le seul à penser que les bunkers sont une bonne solution. De plus, il a orchestré des intimidations policières et le passage à tabac d’un migrant. Enfin, il insulte des milliers de personnes mobilisées ainsi que la Ville.» Un dernier point que ne doit pas être loin de partager Esther Alder, qui en prend aussi pour son grade, la Ville se voyant accusée de «reculades et de pantalonnades pour s’être laissée manipuler», selon Pierre Maudet. «Le conseiller d’Etat porte la responsabilité de ses propos, répond-elle. La Ville a considéré que le collectif méritait son soutien. Nous avons constaté que le mouvement est fiable, qu’il respecte ses engagements et que la population civile lui est favorable.»

Malgré ce retour temporaire aux abris, les militants ne rendent pas les armes. «Nous espérons obtenir le plus rapidement possible des places d’accueil dans les foyers de l’Hospice général, explique Aude Martenot. Nous avons aussi l’espoir de convaincre Mauro Poggia de loger les migrants chez l’habitant, un acte moral qui dégagerait l’Etat de cette responsabilité.» Les militants ont de nouveau sollicité le magistrat. Mais les chances sont faibles que le politique accepte de loger des personnes en majorité déboutées ou frappées de non-entrée en matière. Leur avenir en Suisse, avec ou sans bunkers, semble irrémédiablement compromis.