Situation de grande urgence dans les baraquements de la Voie des Traz, à côté de l'aéroport de Genève. En raison du grand froid qui s'abat sur la Suisse depuis quelques jours, plus d'une vingtaine de requérants d'asile sous le coup d'une décision de non-entrée en matière (NEM) vivent dans des conditions de vie jugées difficiles. La température à l'intérieur de ce qui fut un camp militaire voici vingt ans a dramatiquement chuté au point de rendre le centre inhabitable. Les douches, la quasi-totalité des toilettes et les robinets ont gelé. Alerté de la situation par les collaborateurs de l'Hospice général, le député Vert Christian Bavarel, révolté, ne mâche pas ses mots: «Les conditions qui règnent dans ce centre sont totalement inacceptables et sont incompatibles avec le minimum vital prévu par la Constitution fédérale.»

Logique de dissuasion

Face à la mobilisation, les autorités genevoises ont décidé de transférer tous les NEM dans des «structures décentes», probablement au centre des Tattes, relève Eric Etienne. Le directeur adjoint chargé de l'aide sociale et de l'asile au sein du Département de l'aide sociale et de la santé (DASS) souligne qu'une délégation du Conseil d'Etat pour les réfugiés se rencontre une fois par mois pour dresser un état des lieux. Selon l'Etat, le nombre de NEM à Genève se chiffre à 55. Yves Brutsch, lui, estime qu'ils sont plutôt 400.

Pour le porte-parole du Centre social protestant, ce cas est révélateur de la logique de dissuasion voulue par la Confédération. Si Genève est considéré comme un canton plutôt indulgent en la matière, certaines mesures prises à l'encontre des NEM «genevois» ne manquent cependant pas de choquer. Celle-ci notamment: jusqu'à fin novembre, les requérants frappés d'une non-entrée en matière étaient condamnés à «errer» toute la journée. Motif: le centre de la Voie des Traz était tout simplement fermé de 9 heures à 17 heures. Depuis le début décembre, les autorités genevoises se sont montrées plus généreuses. Elles ont ouvert deux pièces où tous les requérants peuvent s'abriter du froid, mais n'ont aucun accès aux dortoirs. «On veut montrer qu'ils ne sont pas chez eux, s'insurge Yves Brutsch.

Concrètement, les NEM touchent des bons de produits alimentaires de 15 francs par jour à faire valoir uniquement dans trois magasins Migros. Précision utile: ils sont «non convertibles en espèces». Des clopinettes, estime le porte-parole du Centre social protestant: «La vraie aide d'urgence, ce ne sont pas les pouvoirs publics qui la donnent, mais les compatriotes des NEM au bénéfice d'un permis de séjour avec le risque de paupériser les communautés auxquelles ils appartiennent.»