Tout faire pour éviter que les jeunes adultes sans diplôme ne s’enracinent à l’aide sociale. C’est l’objectif politique visé par Thierry Apothéloz, chef du Département de la cohésion sociale. En janvier 2020, un projet pilote visant à accompagner les bénéficiaires de 18 à 25 ans vers une formation a été lancé en collaboration avec l’Hospice général et Cap formations. Coupé dans son élan par le Covid-19, le dispositif n’a pu toucher qu’une vingtaine de jeunes, au lieu de la centaine visée. Un premier bilan jugé néanmoins encourageant dans la mesure où il entérine un changement de méthode basé sur la confiance et non plus sur la surveillance.

Dans la droite lignée de la formation obligatoire jusqu’à 18 ans, en vigueur depuis 2018 à Genève, le projet vise les quelque 1300 «décrocheurs», dont certains émargent à l’aide sociale, qui terminent chaque année l’école obligatoire sans formation qualifiante. Actuellement, l’Hospice général gère 14 600 dossiers dont 13% concernent des jeunes de 18 à 25 ans, sans diplôme pour 70% d’entre eux. «Un chiffre relativement stable mais qui pourrait augmenter à cause des effets de la pandémie», prévient Thierry Apothéloz.

«Parcours cabossés»

Dans les faits, l’allocation préformation s’adresse aux bénéficiaires de l’aide sociale âgés de 18 à 25 ans, sans formation ou en rupture de formation, qui ne présentent pas de problématiques sociales aiguës. «On est face à des jeunes aux parcours cabossés, que les multiples échecs scolaires ont souvent rendus allergiques à la formation», souligne Yves Reymond, responsable des prestations spécialisées à l’Hospice général. D’un montant mensuel de 1000 francs, la prestation est valable six mois, renouvelable deux fois. Elle s’accompagne d’un suivi personnalisé auprès de l’organisme d’aide à l’insertion professionnelle Cap formations. «L’enjeu est de redonner confiance aux jeunes et de les responsabiliser, poursuit Yves Reymond. Grâce à ce montant fixe auquel s’ajoute le paiement de l’assurance maladie et d’une partie du loyer, ils peuvent se concentrer sur leurs recherches de stage ou d’apprentissage.»

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Car c’est bien là tout l’enjeu: s’insérer dans le marché de l’emploi et être autonome financièrement. Sur les 26 jeunes ayant bénéficié de l’allocation, quatre ont désormais entamé une formation. Une vingtaine d’autres bénéficiaires, éligibles au programme, ont de leur côté trouvé un débouché professionnel par eux-mêmes. «D’ici à la fin de l’année, l’objectif est de toucher une centaine de jeunes», annonce Thierry Apothéloz. A terme, un quart des «décrocheurs» du canton pourraient bénéficier de cette prestation, que l’Etat souhaite également intégrer dans la loi sur les bourses et prêts d’études.

«Contrat de confiance»

A l’heure du bilan, l’Hospice général salue une approche innovante qui s’adapte aux besoins du terrain. «Cette allocation forfaitaire est une sorte de contrat de confiance passé avec les bénéficiaires, détaille Yves Reymond. On sort d’une logique de contrôle pour aller vers un développement des compétences. Le gain de temps est notable pour les assistants sociaux qui peuvent se concentrer sur l’accompagnement social et délaisser les factures.»

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Quid des jeunes sans diplôme qui vivotent de petits boulots non qualifiés sans pour autant toucher l’aide sociale ou qui ont dépassé l’âge limite de 25 ans? «Ils échappent effectivement à ce dispositif», reconnaît Thierry Apothéloz, tout en affirmant qu’il n’est jamais trop tard pour se former. «Les outils changent en fonction du public. Le chômage offre par exemple des allocations de retour à l’emploi ou de reconversion professionnelle.»