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A Genève, des SDF sont placés dans des containers

Après des années à la rue, une quinzaine de sans-abri ont emménagé dans les studios mobiles du hameau «Eurêka» à Chêne-Bougeries. Le projet a mis trois ans avant de voir le jour

A Genève, des SDF sont placés dans des containers

Logement Après des années à la rue, une quinzaine de sans-abri ont emménagé dans des studios mobiles

Derrière une maison occupée par la Conférence universitaire des Associations d’étudiants et un ancien squat, des containers rouges, bleus et jaunes sont disposés en étoile. Plusieurs sans-abri ont déjà emménagé dans ce hameau qui devrait accueillir 12 à 15 personnes, dont une famille. Carrefour-Rue, association privée d’action sociale, réalise ce projet après trois ans de batailles administratives pour trouver un terrain.

Les locataires ont finalement reçu les clefs de leur studio vendredi 7 novembre. Il a fallu choisir parmi une liste de dizaines d’inscrits. «C’est une décision difficile et relativement arbitraire, explique Noël Constant, président et fondateur de Carrefour-Rue. Nous avons choisi des personnes qui avaient déjà eu un emploi et avaient surtout besoin d’un domicile pour avoir les capacités de rebondir.»

«J’ai beaucoup dormi»

Erwin, 50 ans, a pris ses quartiers dans un studio rouge vif. Fils d’immigrés, il est né en Suisse mais dit n’avoir jamais pu obtenir de papiers pour pouvoir travailler légalement. Depuis qu’il a perdu son logement aux Grottes où il était le voisin de Noël Constant, il a vécu dans la rue. Cinquante-sept semaines exactement, il les a comptées. Au village, il retrouve un semblant de vie normale: «J’ai beaucoup dormi depuis que je suis ici. C’est ce qu’il y a de plus dur dans la rue, on ne dort jamais vraiment et tout se dérègle. Ici, on peut reprendre un rythme.»

Erwin ne craint pas de devoir payer les 400 francs de charges mensuels: il a toujours travaillé, pour des privés, des associations, ou encore au Bateau Genève. «Il y a beaucoup de préjugés envers les sans-abri. Mais je ne suis pas un paumé; énormément de gens sont dans mon cas, à la rue. Et quand tu es sans logement, tu ne fais que survivre, tu ne peux rien faire.» Pour lui, le studio mobile est une vraie alternative au logement comme il n’y en a pas à Genève: contrairement aux autres structures existantes, dans le hameau «Eurêka» chacun reste le temps dont il a besoin, il n’y a pas de limite. Selon Vince Fasciani, en charge des nouveaux projets à Carrefour-Rue, un an est le minimum nécessaire pour se reconstruire.

Comme Erwin, Emmanuel a été sélectionné pour habiter l’un des studios. Et même s’il n’y a pas de hiérarchie dans le village, il fait aussi office de référent et de médiateur: les autres locataires viennent le voir en cas de problème et les voisins peuvent s’adresser à lui pour toute requête. Il s’est retrouvé en situation précaire après une faillite et un divorce. «Ici, non seulement j’ai de nouveau un chez moi, mais les studios sont beaux, ce qui permet d’avoir à nouveau des projets et des idées positives.»

La beauté et la qualité des lieux, une dimension essentielle du hameau aux yeux de Vince Fasciani: «On a beaucoup travaillé sur l’aspect visuel, les couleurs, le confort. Il faut offrir de belles choses pour que les gens en prennent soin.» Les studios individuels de 14 m2 comme les espaces collectifs (une buanderie et un local commun avec télévision) ont été meublés par Ikea.

Le concept innovant des studios mobiles intrigue: des télévisions françaises, italiennes et allemandes sont déjà venues faire un reportage sur les lieux. Et les voisins à Chêne-Bougeries, comment perçoivent-ils le nouveau village? «Certains se sont plaints au début, ils craignaient les problèmes, regrette Noël Constant. Mais je pense que certaines mentalités vont changer: la semaine dernière, une retraitée a proposé de venir cuisiner pour les habitants du hameau!»

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