Finances publiques

Genève se découvre un peu plus riche que prévu

Contre toute attente, le canton boucle les comptes 2017 sur un excédent de 69 millions de francs. Mais ce résultat est en partie dû à des recettes extraordinaires

Le ministre genevois des Finances, Serge Dal Busco, n’est pas homme à pavoiser. Aussi a-t-il fait part sobrement de sa satisfaction quant aux comptes 2017 de l’Etat, en excédent de 69 millions de francs, alors qu’on attendait un déficit de 80 millions: «Malgré une conjoncture moins favorable qu’espéré, ce résultat nous ménage une marge de manœuvre en prévision de la réforme sur l’impôt des entreprises (PF17) notamment. Mais on doit continuer à maîtriser ce qui peut l’être.»

C’est tout le problème. Si Genève présente des comptes dans le vert, c’est en partie grâce à des recettes imprévues: des dénonciations spontanées de contribuables, ayant anticipé l’échange automatique d’informations, ont fait augmenter l’impôt sur la fortune d’une centaine de millions. Des dénonciations spontanées de personnes ayant touché indûment des aides sociales ont également amené de l’eau au moulin, pour 13 millions. A cela s’ajoute une rétrocession supplémentaire de la BNS de 28 millions, ainsi qu’une amende de 31 millions dans le cadre d’une affaire pénale. Autant de recettes qui viennent opportunément contrebalancer la baisse de l’impôt sur le revenu (67 millions de moins que budgété), ainsi que de l’impôt sur les personnes morales (inférieur de 84 millions). En cause: une conjoncture morose.

Investissements autofinancés et dette en recul

Le canton a poursuivi les investissements, qui se montent à 630 millions de francs, au bénéfice de la mobilité, de la formation et de la santé, entièrement autofinancés. Le grand argentier se félicite aussi de voir la dette reculer de 90 millions de francs, à 12,4 milliards, pour la troisième année consécutive. Le spectre du frein à l’endettement s’éloigne.

Et les dépenses? En quatre ans, les charges auront passé de 7,9 à 8,15 milliards, alors que l’exécutif avait tenté de faire passer en 2015 des mesures d’économies de 5% sur les charges de personnel, sans succès. La grève des fonctionnaires avait sonné le glas de ce souhait, et les budgets successifs ont avalisé leur progression (+3,4% entre 2016 et 2017), due à 219 postes supplémentaires et au maintien de l’annuité. L’Etat a néanmoins consenti quelques efforts, puisque sur l’exercice 2017, les charges de personnel sont inférieures de 6 millions au budget et les charges de fonctionnement inférieures de 9 millions. «Car plusieurs départements ont réussi à économiser 5%, mais de manière non linéaire», explique Serge Dal Busco. Les charges totales excèdent toutefois de 9 millions ce qui était prévu. «Elles ont été parfaitement maîtrisées, grâce à une gestion très serrée et malgré l’augmentation des aides sociales», poursuit le démocrate-chrétien. Celles-ci ne cessent de croître, de 4% en moyenne.

«Catastrophisme budgétaire»

Un satisfecit qui ne convainc qu’à moitié le PLR Cyril Aellen: «Je salue la bonne tenue des budgets. Mais au vu des recettes ordinaires en baisse, la situation financière contenue ne permet pas une grande marge de manœuvre en regard des réformes à venir, PF17 ou la recapitalisation de la caisse de prévoyance de l’Etat.» Au PS en revanche, on se gausse du «catastrophisme budgétaire d’une droite qui noircirait le tableau pour justifier des coupes antisociales». Le MCG se tape sur le ventre en se félicitant d’avoir voté le budget 2017, dont le but était de «conserver les prestations à la population et de dégager des moyens supplémentaires». Reste à voir qui viendra au secours du canton cette année, qui table sur un déficit de 180 millions de francs.

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