Genève attendait cela depuis quinze ans: la nomination d’un architecte cantonal. C’est Francesco Della Casa, 49 ans, actuel rédacteur en chef de la revue Tracés qui a été désigné. Il prendra ses fonctions en mai prochain, a annoncé ce matin le Conseil d’Etat genevois. Adoptée en 1995, la loi instaurant ce poste a été ignorée par les gouvernements successifs, avant d’être finalement promulguée il y a un an par l’exécutif cantonal. Le libéral Mark Muller, président du Conseil d’Etat et ministre de l’Aménagement, qui avait maintes fois plaidé contre cette fonction par le passé, a affirmé ce matin que «les nombreux projets publics et privés en cours rendent nécessaire la présence d’un architecte cantonal». Attendu comme le messie par la profession qui espère qu’il contribuera activement à vaincre les blocages des projets urbanistiques du canton, Francesco Della Casa confie au Temps sa vision de Genève et de sa future fonction. La version intégrale de l’interview est à découvrir dans l’édition du Temps datée du 14 janvier.

Le Temps: De grands espoirs accompagnent votre nomination: quel sera votre rôle et en quoi consiste votre cahier des charges? Francesco Della Casa: Nous devrons l’affiner au fil du temps, mais dans les grandes lignes, mon rôle sera d’agir comme un relais transversal entre les différents services de l’administration concernés par les questions d’urbanisme. L’idée est de favoriser «l’intelligence collaborante», même si le terme peut paraître barbare. Il s’agira aussi de mettre en perspective les travaux et les projets en cours, qui sont nombreux dans le canton. Cela permettra de revenir sur certains a priori, comme l’impression que tout réussi à Lausanne alors que tout rate à Genève.

– Pourtant les faits parlent d’eux-mêmes: le Flon et le M2 à Lausanne, pour ne citer qu’eux, alors qu’au bout du lac, tout est bloqué… - On sent aujourd’hui que l’état d’esprit change à Genève. Après avoir longtemps polémiqué, on a envie de faire des choses. Le fait qu’il y ait eu, consécutivement, trois votes positifs sur les questions d’aménagement le montre. Le CEVA d’abord, l’extension de l’OMC ensuite, et enfin celle du Musée d’ethnographie. Autre indice: l’évolution du projet de plage aux Eaux-Vives. Le projet a été adapté au fur et à mesure des exigences des groupes d’intérêt. La plupart d’entre eux ont fini par s’y rallier, et en même temps, l’idée forte de départ a pu être conservée.

– Des recours ont malgré tout été déposés, ce qui n’a rien d’exceptionnel. Les projets paralysés sont légion à Genève, et on compte beaucoup sur l’architecte cantonal pour améliorer la situation. Qu’allez-vous faire? - Je n’ai pas de recette miracle, mais il y a des méthodes qui fonctionnent ailleurs, et qu’on pourrait utiliser ici. Il est important de faire en sorte que la plus grande partie de la population soit convaincue de la pertinence d’un projet. Dans le cadre du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV) par exemple, des ateliers ont réuni les différents acteurs concernés, issus notamment des entreprises locales et des milieux associatifs, pour proposer et discuter des hypothèses d’aménagement sur une petite partie du site. Au final, les fonctionnaires qui planchent sur le plan directeur en ont retiré des indications précieuses, et les usagers du lieu ont compris les enjeux du projet. Ils sont devenus partie prenante, ce qui peut les inciter à le défendre plutôt qu’à le contrer. La participation est une recette gagnante, pour autant qu’on joue cartes sur table, sans chercher à faire avaler des couleuvres aux gens. Autre piste à explorer: les délibérations publiques des jurys de certains concours, comme cela a été tenté à Salzbourg, Zurich ou Renens. Cette approche prend tout son sens lorsqu’il s’agit d’aménager des espaces publics, car elle permet aux gens de comprendre comment on arrive à une solution. Pour les petits projets qui sont du ressort des communes, comme la création de zones piétonnes, on aurait aussi intérêt à expérimenter les aménagements provisoires. On teste pendant six mois, et si le bilan est concluant on pérennise. Cette méthode est beaucoup pratiquée à Bienne.