Faire de Genève un nouveau pôle du commerce de diamant. C'est l'objectif que ne craint pas de revendiquer l'horloger Vartan Sirmakes, directeur de Franck Muller. Au printemps dernier, il a créé la Fondation Geneva Diamond Center, qui, pour développer son activité, a loué trois étages du futur bâtiment administratif des Ports francs à Genève.

Le projet est des plus ambitieux dans un secteur où des villes telles qu'Anvers, Londres, Dubaï ou New York tiennent le haut du pavé. Mais le défi n'effraie ni ses concepteurs ni les autorités genevoises: «C'est une activité entièrement neuve pour Genève», se réjouissait hier le conseiller d'Etat radical François Longchamp en évoquant l'avenir des Ports francs. Et face aux craintes que suscite la débâcle du secteur bancaire, certains veulent y voir une diversification bienvenue des activités économiques du canton.

Mandaté par Vartan Sirmakes pour assurer le démarrage de l'affaire, David van Riel n'a aucun doute sur le succès du futur Geneva Diamond Center. «A ce stade, nous avons déjà des options sur 50% des emplacements que nous louerons aux Ports francs», annonce-t-il.

Un salon du diamant

Depuis janvier dernier, le chef de projet «prospecte» pour étoffer les rangs de la Fondation, dont Vartan Sirmakes assure pour l'heure la présidence. «Nous sommes très sélectifs, l'idée est de constituer l'équivalent d'une guilde et de réunir les meilleurs diamantaires, en assurant un équilibre entre des spécialistes des pierres brutes et des pierres polies», explique David van Riel. Qui ajoute que l'activité se limitera au négoce: «Il n'y aura pas de machines pour tailler les pierres dans les locaux des Ports francs, uniquement des bureaux.»

Convaincre l'élite des diamantaires de la nécessité d'ouvrir un bureau à Genève, David van Riel en fait son affaire: «Nous ne serons jamais aussi grands ou aussi compétitifs que d'autres plates-formes comme Dubaï, où les diamantaires sont dispensés de taxes durant cinquante ans, mais nous pouvons être les meilleurs en termes de qualité et nous avons des arguments à faire valoir», assure-t-il. En tête de liste, «la confiance qu'inspirent Genève et la Suisse, par leur stabilité». A quoi s'ajoute la présence sur le territoire cantonal de nombreux horlogers haut de gamme et des principales maisons de vente aux enchères.

«Pour le reste, il y a une foule de petits avantages concrets, comme la proximité de l'aéroport, ou la sécurité assurée par les Ports francs, même si elle sera renforcée par les futurs membres de la Fondation», relève David van Riel. Sans oublier les autres locataires qui s'apprêtent à prendre leurs quartiers dans le nouveau bâtiment lorsque le chantier sera terminé, à l'automne 2009. Au total, la nouvelle construction qui permettra aux Ports francs d'étendre leur activité sur le site de La Praille comptera sept étages et une surface de 9700 m2. La Poste occupera une grande partie du rez-de-chaussée, et l'administration des douanes s'installera au premier. «Ce sont des éléments qu'il ne faut pas négliger», note le chef de projet.

Mais David van Riel songe déjà à la suite des activités de la Fondation, «avec, peut-être, la création d'un salon du diamant à Genève dans les années à venir».

Régime particulier

Du côté des Ports francs, on n'a pas ménagé les efforts pour satisfaire le futur locataire: «Nous avons cherché à assurer des conditions de travail compétitives à notre client», explique Gérard Duchesne, directeur général de la société. Résultat: les diamantaires bénéficieront du système de report de l'impôt à l'importation. En clair, la TVA ne sera encaissée que lorsque la gemme sera vendue en Suisse. Si elle est réexportée, il n'y aura rien à payer.

David van Riel, lui, table d'ores et déjà «sur un chiffre d'affaires énorme» du Geneva Diamond Center, sans vouloir pour autant avancer la moindre estimation chiffrée. Et à l'Etat, on salive déjà à la pensée des hypothétiques recettes fiscales qu'il pourrait générer.