Suisse

Genève signe le premier scrutin fédéral par le Net

Près de 20% des électeurs de quatre communes genevoises se sont prononcés en ligne pour les référendums cantonaux et fédéraux du week-end. Le vote électronique séduit particulièrement les jeunes et renforce le taux de participation. Les cantons de Neuchâtel et de Zurich s'apprêtent à franchir le pas en 2005

Intrigués, des yeux asiatiques ont suivi la manière dont des Genevois ont voté ce week-end. Organisé pour la première fois dans le cadre de votations fédérales, le vote par Internet, qui a été scruté par une délégation taïwanaise, séduit des Genevois. Près d'un cinquième des électeurs (2723 personnes) de quatre communes pilotes du canton de Genève – Anières, Cologny, Carouge et Meyrin – ont voté en ligne, contre 72,5% par correspondance et 5,7% se sont rendus au bureau de vote. «Le succès de ce scrutin témoigne de la pertinence de notre projet et de la solidité de notre solution», se félicite Robert Hensler, chancelier de l'Etat de Genève. La Confédération, qui depuis trois ans mène via la Chancellerie fédérale les projets de vote électronique à Genève, Neuchâtel et Zurich, tire aussi un «bilan positif» de l'expérience de ce week-end.

Ce nouveau mode de scrutin semble renforcer la démocratie. La participation, qui a atteint 56,4% au sein de ces quatre communes, a augmenté entre 3 et 6% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Le vote en ligne relève même le défi de l'intégration des jeunes à la vie civique. L'âge des cybervotants genevois se situe aux alentours de 30 ans, alors que le vote par correspondance est celui des personnes de 50 ans et plus.

Dévoilé le 21 septembre dernier, le sondage auprès d'un millier de cyberélecteurs de Meyrin et Carouge, réalisé par le Centre d'études et de documentation sur la démocratie directe de l'Université de Genève, confirme le phénomène: la participation des électeurs de moins de 30 ans a augmenté d'environ 5%. Cette étude montre aussi que les cybervotants ont un niveau de formation similaire aux électeurs utilisant les autres canaux de vote.

La question de la confiance du corps électoral envers l'utilisation du vote électronique est cruciale pour les institutions. Car si des doutes persistaient sur la fiabilité, ce serait le fonctionnement du système démocratique qui serait menacé. Alors que les autorités cantonales célèbrent le premier scrutin électronique, tous les Genevois n'ont pas le sourire aux lèvres. «Malgré l'importance du scrutin national, j'ai refusé de voter dans ces conditions», affirme Mathias Schmoker dans sa lettre adressée le 20 septembre au maire de Genève, Pierre Muller. Cet ingénieur fort d'une douzaine d'années d'expérience en sécurité informatique reproche le manque de transparence, tant au niveau démocratique que technique, de l'initiative genevoise. «Il y a une grave violation du pacte citoyen dans la mesure où n'importe quel membre du corps électoral, et non des experts mandatés par l'Etat, doit pouvoir contrôler le bon déroulement du scrutin», explique l'informaticien. La Chancellerie fédérale reconnaît que ce mode de scrutin n'est pas sans risques. Par exemple, il est impossible de garantir absolument qu'un programme ne soit pas manipulé de telle sorte que les données enregistrées ne correspondent pas à celles qui sont affichées à l'écran.

Si la sécurité totale est une illusion en informatique, cela n'empêche pas d'autres cantons d'avancer à grands pas vers la cyberdémocratie. Les citoyens du canton de Neuchâtel pourront expérimenter le vote par Internet dès l'été prochain. «Nous sommes en train de lancer nos derniers tests, explique Danilo Rota, chef du projet e-voting. Tous les habitants du canton pourront utiliser ce service dès mi-2005 pour des votations fédérales, voire peut-être avant pour des scrutins locaux.» Le vote par le Web fera partie des prestations du guichet électronique que développe le canton. Avec une identification unique, le citoyen neuchâtelois pourra consulter ses paiements d'impôts, demander des prestations sociales, et bien sûr voter. Le portail sera lancé le 1er mars.

Le canton de Zurich a un calendrier similaire à celui de Neuchâtel, mais des ambitions différentes. Le vote par Internet sera possible dans les 171 communes du canton en juin 2005, mais il n'est pas question de créer un guichet virtuel. «Le vote par SMS sera aussi possible l'an prochain, explique David Knöri, chef de projet pour le vote électronique dans le canton de Zurich. Un premier essai sera mené grandeur nature le 10 décembre lors d'élections pour l'Association des étudiants de l'Université de Zurich.»

A l'horizon 2006-2007, les trois cantons pilotes qui auront passé avec succès toutes les évaluations de la Confédération pourront décider de manière indépendante l'introduction ou non du vote électronique. Le Conseil fédéral disposera d'un droit de veto limité. Par ailleurs, les autres cantons exclus des essais peuvent se lancer dans le vote électronique, mais sans percevoir de subventions de la Confédération. Quant à l'introduction du vote en ligne pour les élections fédérales qui est prévue pour 2011, elle devra être précédée d'élections-tests communales et cantonales au système proportionnel, qui entraîne des risques spécifiques.

 

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