Ce n'est plus un Bisou, c'est du harcèlement textuel. Le sculpteur Vincent Kesselring, alias Vincenzo, a encore frappé. Mécontent de la brochure d'explication du Conseil administratif sur l'initiative dite «Le Bisou de 7 tonnes» (qui sera soumise le 7 juin aux citoyens de la ville de Genève), il a interjeté recours auprès du Tribunal administratif (TA) afin d'en faire modifier le texte. Du coup, personne ne peut assurer que la votation pourra être maintenue.

De fait, ce singulier sculpteur donne bien du souci à la municipalité depuis que celle-ci a eu la faiblesse de l'autoriser à utiliser, d'avril à l'automne 1995, le quai Wilson pour sculpter son œuvre. Dès lors, Vincenzo n'a eu de cesse d'imposer en cadeau sa sculpture au Conseil administratif. Pourtant, n'ont cessé de réaffirmer les différentes instances communales, il était clair depuis le départ que le Bisou ne devait en aucun cas rester sur le domaine public une fois achevé. Et il a fallu faire planer la menace d'une évacuation pour que Vincenzo et ses sympathisants le déménagent à Ferney-Voltaire en attendant le verdict du peuple.

Les griefs adressés par le sculpteur au Tribunal administratif sont de plusieurs ordres. Il conteste tout d'abord plusieurs petites erreurs évidentes. Le comité d'initiative est ainsi qualifié de comité référendaire et la photo du Bisou prise sur le quai Wilson est légendée «Avenue du Jura à Ferney-Voltaire».

Puis, détaillant chaque phrase, le recourant conteste tout d'abord le fait d'avoir entamé une procédure judiciaire jusqu'au Tribunal fédéral «pour obtenir le maintien de sa statue sur le lieu où elle a été sculptée». Avec raison, puisque cette procédure n'avait pour but que son maintien temporaire jusqu'au vote du peuple. Il n'en demeure pas moins que l'objectif ultime de Vincenzo est effectivement d'occuper le domaine public indéfiniment. De même, il s'insurge contre l'accusation «d'utiliser une initiative pour ne pas respecter ses engagements». Là, sa critique tombe à plat car Vincenzo se réfère aux décisions de justice qu'il a respectées alors que la brochure parle de l'accord que le sculpteur avait passé avec le Conseil administratif.

Le recours n'étant pas encore parvenu au Conseil administratif, celui-ci est bien en peine de répondre aux accusations. Jacqueline Burnand, la responsable municipale de l'aménagement, s'autorise toutefois un soupir: «Chaque fois que ce Monsieur en aura l'occasion, il fera parler de lui. Mais je ne vais pas m'énerver pour cela. Nous verrons bien s'il faudra maintenir, annuler ou modifier la votation…»