Construction

Genève s’offre un théâtre pour la danse

Le Conseil municipal genevois a voté mercredi soir un crédit de 11 millions pour la construction d’une salle modulable de 220 places, qui consacre la vitalité de la danse au bout du lac. L’inauguration est prévue début 2020

L'attente, si longue, puis la délivrance, si belle. Il était 19h ce mercredi, rue de l’Hôtel-de-Ville, dans l’amphithéâtre du Conseil municipal. Et des applaudissements éclataient à la tribune. L’assemblée venait d’approuver le crédit de construction du Pavillon de la danse, une salle de 220 places, modulable, qui se dressera place Sturm, à trois pas chassés de la Vieille-Ville.

Lire également: Comment Genève s’est mise à chérir la danse

Un triomphe? Presque. Quelque 52 conseillers municipaux, du MCG à l’extrême gauche, en passant par le PDC, le Parti socialiste et les Verts, ont dit oui aux 11 millions prévus pour le projet. A l’autre bord, le PLR et l’UDC s’y sont opposés. Aux premières loges, Claude Ratzé, directeur jusqu’à l’automne passé de l’Association pour la danse contemporaine (ADC) a alors arboré un sourire de mage en hiver. A ses côtés, Nicole Simon-Vermot, administratrice de la première heure, s’est sentie soudain planer. Comme Anne Davier, directrice depuis le 1er novembre de l’institution, et la chorégraphe Cindy Van Acker, avec laquelle elle forme un tandem. «Il faut bien dix ans pour qu’un tel projet aboutisse», se réjouissait à la sortie Sami Kanaan, ministre municipal de la Culture.

Vingt ans d’attente

C’est que la profession et le public espéraient ce jour depuis vingt ans au moins. La cité d’Henry Dunant pouvait bien se prétendre capitale suisse de la danse contemporaine, s'enorgueillir d'héberger les chorégraphes les plus singuliers du pays - Gilles Jobin, Foofwa d’Imobilité, Cindy Van Acker, Marco Berrettini –, elle n’avait pas de scène à leur offrir. La Salle des Eaux-Vives? Certes, mais cette occupation a toujours été annoncée temporaire. En 2006 pourtant, les enfants de Maurice Béjart et de Merce Cunningham ont bien cru qu’ils pourraient cultiver la folie d'un beau geste au sein d’un complexe socioculturel à Lancy, celui qu’on appelait alors L’Escargot. Consultée, la population lancéenne retoquait cette Maison de la danse.

Lire: Maison de la danse à Lancy, les raisons d’un échec

Le projet d’un bureau lausannois

Un instant KO, Claude Ratzé, Anne Davier et Nicole Simon-Vermot reprennent les gants. Avec l’appui du Département des affaires culturelles de la Ville, ils envisagent un nouveau scénario. L’idée-force? Une structure maniable et pratique. Un concours est organisé en 2013. Quelque 65 bureaux affûtent leurs formes: c’est le projet des architectes lausannois de ON Architecture qui l’emporte. Ses atouts? Modulable, il s’adapte aux besoins des artistes; il peut accueillir 220 spectateurs; il abritera les bureaux de l’ADC, un foyer et une médiathèque. Mieux, son coût est raisonnable: 12 millions, dont un a été trouvé par l’ADC auprès d’une fondation.

Dans tout cela, il y a une audace, un pied de nez à la fatalité: investir la place Sturm, ce terrain vague maudit sur lequel veille le buste de François Lefort, l’ami genevois de Pierre Le Grand. En 2001, la municipalité prévoyait d’y enraciner le Musée d’ethnographie. Mais le peuple enterrait le projet. Depuis, cette esplanade a des airs de désert de Gobi, selon l’expression du conseiller municipal PDC Alain de Kalbermatten, fougueux défenseur du projet.

Un septennat pour convaincre

Tout roule donc au pays des danseurs? Pas si vite. La convention passée avec l’association de ce quartier très huppé prévoit que ce pavillon, déplaçable, sera démonté dans sept ans. «L’ADC saura convaincre les habitants des avantages de sa présence, s’emballait mercredi soir Alain de Kalbermatten. Cette infrastructure donnera vie à une zone quasi morte de notre ville.»

Le bal des marteaux-piqueurs commencera fin 2018. L’inauguration, elle, est prévue début 2020. Le Pavillon précédera la Nouvelle Comédie, le Théâtre de Carouge, la Cité de la musique, autant de bâtiments flambant neufs qui redessinent la carte du plaisir. «Dansez, sinon nous sommes perdus», disait la chorégraphe Pina Bausch, citée par le conseiller municipal Stéphane Guex. La ville de Jean-Jacques Rousseau pourrait en faire une devise.

Publicité