A Genève, le sort des crèches privées inquiète des élues municipales. Sommées de se conformer aux usages de la petite enfance et à la récente introduction du salaire minimum, certaines structures d’accueil se retrouvent menacées de faillite. Avec un risque: aggraver la pénurie déjà criante dans le canton où quelque 3000 places de crèche font défaut. Est-ce une stratégie pour mettre en difficulté les crèches privées dans le but de les municipaliser? «Les communes n’ont aucune compétence en matière de crèches privées», indique la conseillère administrative Christina Kitsos, chargée du Département de la cohésion sociale en ville de Genève. «Lier les crèches privées et la municipalisation du secteur subventionné n’a pas de sens.»

Complexe, le domaine de la petite enfance dépend d’une multitude d’acteurs aux compétences entremêlées. Introduits en 2019, les usages de la petite enfance définissent les conditions d’accueil mais aussi les barèmes de rémunération du personnel en crèche, y compris pour les aides sans formation. Ils ont été édictés dans le but d’uniformiser l’accueil privé et public. Avec l’entrée en vigueur du salaire minimum l’automne dernier, les exigences salariales ont encore été rehaussées, dénoncent certaines crèches privées qui affirment ne pas pouvoir encaisser le choc et menacent de saisir la justice. Doté d’un taux de couverture d’accueil préscolaire subventionné avoisinant 31,5% en 2020, Genève ambitionne d’atteindre 44% en 2029 soit 2800 places supplémentaires. Les crèches privées totalement indépendantes, elles, disposent de 284 places sur un total de 7070 places. Politiquement, un débat de fond se dessine: les employés de la petite enfance doivent-ils bénéficier des mêmes conditions salariales, qu’ils travaillent dans le privé ou dans le public?