Mobilité

A Genève, les taxis officiels ne veulent plus bannir Uber mais le domestiquer 

Les taxis genevois sont à présent favorables à la «lex Uber», projet législatif actuellement aux mains des députés. Mais ils posent quelques conditions, dont l’obligation de passer les mêmes examens et de respecter des minima tarifaires. Il veulent aussi pouvoir céder, au prix du marché, leur autorisation d’exercer

Les taxis genevois acceptent la nouvelle loi proposée par leur ministre de tutelle, le PLR Pierre Maudet. Moyennant toutefois certains aménagements. «Il faut procéder à un nivellement par le haut», résume l’avocat des bonbonnes jaunes, Me Jacques Roulet. Traduction: pour travailler de la même manière et partager un espace de jeu commun, les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) doivent se mettre à la hauteur des taxis, c’est-à-dire répondre à des règles et des contraintes identiques. «Alternativement, on peut choisir de rester dans un cadre traditionnel de monopole, auquel cas les autorités doivent se donner, une fois pour toutes, les moyens de le faire respecter», pondère l’avocat.

L’idée n’est donc plus de bannir complètement Uber, mais de domestiquer ses services disruptifs. Pour ce faire, le collectif des taxis genevois avance huit revendications clés. «Nous exerçons exactement la même activité économique, à la seule différence près que les chauffeurs de service public disposent d’un usage accru du domaine commun, sont soumis à un numerus clausus, et doivent arborer une bonbonne», relève-t-il.

VTC plus rentables

Les chauffeurs traditionnels à Genève estiment que le projet de nouvelle loi sur les taxis est trop favorable à Uber: dispense d’examens, d’obligation de respecter les tarifs (la société californienne applique des tarifs progressifs selon les horaires), de taximètre, d’obligation d’accepter les paiements en espèces, de ne pas payer les courses commandées mais non effectuées, etc. «L’activité VTC [Uber] est donc économiquement plus rentable», estiment-ils.

Pour restaurer l’équilibre de traitement, les bonbonnes genevoises veulent relever le niveau des contraintes pour Uber. Une minorité d’entre eux invite par exemple l’État à fixer, non plus uniquement un prix maximum, mais aussi un tarif plancher (30 francs à Genève Aéroport, par exemple), afin d’éviter notamment tout dumping.

Autre revendication, pour une partie des taxis seulement, les représentants de la profession – interlocuteurs reconnus par l’État – y étant opposés: relever le numerus clausus de 875 à 1000 autorisations, sachant qu’actuellement la liste d’attente dénombre 625 candidats à la bonbonne jaune – la bleue étant abolie sous le nouveau régime. Et pour ne pas décourager les investissements dans la profession de taxi (accès à la patente, maintien de la qualité des véhicules, etc.) par rapport au VTC, une partie des milieux professionnels traditionnels en appellent à la suppression de la non-transmissibilité des autorisations d’usage accru du domaine public.

Ces sésames sont délivrés pour des durées limitées de 6 ans. Ils sont révocables au titre de sanction et leurs titulaires ne peuvent les transmettre librement, sauf dans un délai de six mois après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. «Il faut que ces autorisations soient pérennes, non révocables et transmissibles», résument les taxis genevois.

Patentes à 280 000 francs

Ainsi, les taxis voudraient que leurs patentes puissent, à terme, être échangées au prix du marché. Pour l’heure, son octroi est soumis à un émolument de 40 000 francs, somme rendue par l’État en cas de restitution du sésame. Au début des années 1990, les autorisations valaient 90 000 francs, soit l’équivalent estimé du chiffre d’affaires annuel d’un taxi. Mais avant cette date, leur échange était totalement libéralisé, faisant grimper les prix par patente jusqu’à 225 000 francs, voire 280 000 selon certaines sources.

À titre de comparaison, le «médaillon» new-yorkais vaut actuellement 1,2 million de dollars. Suite à l’arrivée d’Uber sur le marché, sa cote avait reculé à 950 000 dollars en 17 mois. Baisse de valeur à laquelle s’est ajoutée une perte de salaire annuel (hors pourboires qui, eux, auraient augmenté) d’environ 8500 dollars, soit environ 24 dollars par jour pour les taxis new-yorkais.

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