C’est une première pour la justice genevoise. Le plus téméraire des deux jeunes chauffards engagés dans une course-poursuite en pleine ville le 13 novembre 2013 est désormais condamné pour meurtre par dol éventuel et non plus pour homicide par négligence. L’affaire, dite du rodéo des Charmilles, a basculé devant la Cour pénale d’appel et de révision. Dans un arrêt de 102 pages, celle-ci retient que le conducteur de la BMW ne pouvait pas sérieusement compter sur sa capacité à éviter une issue fatale en prenant des risques aussi immenses. Il est condamné à 5 ans de prison. Le sort de son concurrent, qui était au volant d’une Subaru et qui avait freiné avant le drame, reste inchangé.

Drame inévitable

C’est un cas limite, avaient dit les juges de première instance en retenant la thèse d’une folle rivalité tout en estimant que les jeunes gens n’avaient pas accepté la forte possibilité de tuer, ni prévu de perte de maîtrise inéluctable. Les juges d’appel sont d’un autre avis s’agissant du chauffard qui a projeté un piéton à plus de 30 mètres et grièvement blessé un autre. L’arrêt souligne que sa conduite a été tellement téméraire, au terme d’un rodéo routier en pleine ville, après avoir consommé du cannabis dans la journée, en ayant atteint une vitesse de 164 km/alors même que son expérience au volant n’était que rudimentaire, a fortiori au volant d’un véhicule d’une telle puissance, qu’il ne pouvait que compter sur le hasard pour éviter le pire dans de telles circonstances.

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L'arrêt retient, comme les premiers juges, que les deux prévenus ont commis de multiples et graves infractions, ont utilisé la route comme terrain de jeu, ont cherché à comparer leurs talents de conducteur et la puissance de leur véhicule respectif et à démontrer leur supériorité l’un par rapport à l’autre. «En faisant primer cet objectif sur les conséquences possibles, à savoir la mort d’un tiers, leur attitude au volant était irrespectueuse et choquante.»

En appel, la cour estime toutefois que le conducteur de la BMW a pris un risque bien plus considérable car il a dépassé un bus qui venait de s’immobiliser à un arrêt, il s’est déporté et il a encore franchi la double ligne de sécurité avant de s’engager en sens inverse et de percuter un piéton qui traversait. «Dans cette situation totalement aléatoire, la perte de maîtrise était inévitable.»

Fierté mal placée

La cour s'en tient à l’homicide par négligence pour le conducteur de la Subaru, qui a freiné et ne s’est dès lors plus associé aux excès meurtriers de son concurrent, mais qui a contribué à la survenance de l’accident par son comportement. Sa peine initiale de 3 ans, dont 12 mois de prison ferme, est maintenue, tout comme le délit de fuite pour avoir quitté les lieux sans porter secours au mourant. Le passager de la Subaru, reconnu coupable d’omission de prêter secours sous la forme du délit impossible (le piéton n’aurait pas pu être sauvé) se voit infliger 160 jours-amendes avec sursis (contre 180 en première instance).

A charge du conducteur de la BMW, la cour retient son immaturité et sa fierté mal placée. A sa décharge, son jeune âge, sa bonne insertion sociale ainsi qu'un repentir sincère. Sa peine passe de 4 à 5 ans de prison. En première instance, le procureur Adrian Holloway avait requis 6 ans contre le duo. En appel, le Ministère public ne s’est pas opposé à des «peines planchers» tout en soulignant que seule la culpabilité importait. Il obtient finalement cette culpabilité de meurtre mais seulement pour l’un des deux.

Un recours au Tribunal fédéral, toujours très sollicité en matière de folie routière, semble programmé.

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