L’affaire était tombée dans l’oubli. Elle s’est conclue furtivement vendredi devant le Tribunal de police de Genève à l’issue d’une procédure simplifiée négociée entre les parties. Un ancien directeur du Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire (HD Centre) a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis pour escroquerie, abus de confiance et faux dans les titres. Le prévenu, un Népalais de 49 ans, a admis avoir détourné près de 2 millions de francs au préjudice de cet organisme de médiation pour la paix qui intervient sur le plan international dans la plus grande discrétion. Le centre a déjà récupéré les montants soustraits par ce cadre félon.

Fausses factures et retraits

Présent lors de l’audience, l’ancien responsable du secteur financier, qui avait travaillé au HD Centre de 2003 à 2010, a reconnu les faits retenus dans l’acte d’accusation de la procureure Caroline Babel Casutt. Défendu par Me Nicola Meier, il admet ainsi avoir créé de fausses factures pour obtenir le transfert d’importantes sommes sur les comptes du centre à Singapour ou à Manille avant de donner d’autres instructions pour que cet argent finisse sur ses propres et nombreux comptes.

L’ex-directeur a également effectué des retraits d’espèces destinés à couvrir des frais professionnels ou des dépenses liées aux activités très confidentielles du Centre Henry Dunant. A 61 reprises, il a rempli les formulaires «cash admin receipt» pour recevoir des montants relatifs à des projets souvent inexistants. Environ 1,2 million de francs. Avec ce pactole, il a financé l’acquisition d’une villa à Collonge-Bellerive, conclu des contrats d’assurance vie et mené grand train. Sans oublier l’utilisation intensive d’une carte de crédit dont les factures étaient réglées par son employeur.

Plaignant remboursé

L’intéressé a pu agir de longues années durant sans être inquiété et sans que l’organe de révision ne décèle les anomalies. Il a finalement été démasqué à la suite d’un contrôle interne. Interpellé le 18 juin 2010, il a passé deux jours en détention provisoire. Son passeport ainsi que ses comptes ont été séquestrés. Les avoirs bloqués, soit 1,8 million de francs, ont déjà été remboursés à la partie plaignante. Me Patrick Blaser, conseil du HD Centre, l’a confirmé au président du tribunal. Quant au prévenu, il a tenu à déclarer: «Je regrette ce que j’ai fait.» Finalement, la procédure simplifiée a été jugée conforme et la sanction appropriée.

Contrôles renforcés

Marc Hofstetter, directeur exécutif du «HD Centre», était également présent à cette brève issue judiciaire. A la sortie, ce dernier a précisé au «Temps» que ce dossier avait conduit l’institution à créer une procédure de lanceur d’alerte et un poste d’auditeur interne. Pour son travail de médiation et de promotion du dialogue, mené dans le plus grand secret aux quatre coins du monde, le centre emploie 150 personnes. Il détient des bureaux dans une dizaine de pays. Au siège genevois, une magnifique villa mise à disposition par la Ville, 50 personnes s’investissent dans la résolution des conflits.

«Le centre est actif dans vingt-cinq pays et a déjà œuvré à plus de 35 accords de paix. Depuis 2010, les contributions financières destinées à soutenir son action sont passées de 14 à 35 millions de francs», ajoute Marc Hofstetter. L’institution bénéficie notamment du soutien de la Confédération et plusieurs autres nations contribuent à son budget. De quoi accroître encore l’exigence de vigilance comptable.