mobilité

A Genève, un compromis politique fragile pour faire sauter les bouchons

La guerre des transports touche-t-elle à sa fin? C'est ce qu’espère la Commission des transports du Grand conseil, qui a présenté mercredi un compromis sur la mobilité, visant à fluidifier le trafic

Et si les pro et les anti-voitures enterraient pour de bon la hache de guerre? Avec pour conséquence le déblocage tant attendu du trafic à Genève. Vœu pieux jusqu’à présent, cette belle utopie est plus que jamais à bout touchant. Elle prend la forme d’un compromis présenté mercredi par la Commission des transports du Grand Conseil. Un compromis qui ne tient qu’à un fil.

«Un cessez-le-feu a été signé hier soir», résume le président de la commission, le MCG Pascal Spühler. Un cessez-le-feu après des années d’opposition gauche-droite, qui offre «un ensemble cohérent qui essaie de prendre en compte tous les modes de transports», précise le PLR Daniel Zaugg, président de la sous-commission qui en a dessiné les contours.

Le projet vise à canaliser le trafic sur une moyenne ceinture routière qui contourne le centre-ville.

Formellement, l’objet du consensus est encore un contre-projet à l’initiative des Verts «pour des transports publics plus rapides». Mais le texte, qui sera voté en plénière le 3 décembre prochain, prendra force de loi si le parti écologiste retire son initiative. Une option sérieusement envisagée, à entendre le député vert Mathias Buschbeck: «Si projet n’est pas modifié et que les partis garantissent qu’ils ne soutiendront pas un éventuel référendum, la direction des Verts s’engage à promouvoir, lors de la prochaine assemblée générale, le retrait de notre initiative.»

Moins de trafic de transit

L’objectif général du projet - fluidifier la circulation – passe par une réduction du trafic automobile dans l’hyper-centre et une diminution du trafic de transit. En établissant, pour les différents modes de déplacement, des priorités différenciées par zones. Avec une idée force: «Plus on se rapproche du centre, plus la priorité est donnée aux transports publics et à la mobilité douce», résume Daniel Zaugg.

En plus du contournement autoroutier de la ville, le projet vise à canaliser le trafic sur une moyenne ceinture routière qui contourne le centre-ville. Une ceinture qui existe déjà mais qui n’est «ni homogène, ni lisible». «Créer cette moyenne ceinture revient donc à établir une signalisation claire pour y amener le trafic automobile, de manière à soulager le centre», ajoute le député PLR. La moyenne ceinture comprendra la fameux «U lacustre», c’est-à-dire les quais et le Pont du Mont-Blanc, «dans l’attente d’un bouclement autoroutier par une traversée du lac», précise le texte.

A l’intérieur de cette ceinture, le projet établit deux zones différenciées dans lesquelles priorité est donnée aux piétons, aux vélos et aux transports publics. Si le trafic de transit est «fortement restreint» dans la zone 2 (qui s’étend également à d’autres territoires très urbanisés du canton), l’hypercentre de Genève est estampillé zone 1 et le trafic y est ralenti au maximum. 30 km/h, sous réserve des prescriptions du droit fédéral. Avec la mise en place d’axes à vitesse variable (30 ou 50 km/h) en fonction des heures de la journée.

Dans les deux zones, il serait possible de ne pas compenser toutes les places de parking supprimées, si leur suppression est destinée à fluidifier la circulation. Une exception limitée toutefois à 20% des places supprimées.

Des bus sur les grands axes transfrontaliers

Autre «levier d’action», le projet prévoit la mise en place de bus à haut niveau de service sur les grands axes transfrontaliers qui ne sont pas desservis par le tram. Avec des voies dédiées et un nombre d’arrêts limité. «L’idée, c’est que ces bus conduisent directement de la frontière aux hubs de transports publics du centre-ville», illustre Eric Stauffer, membre de la Commission des transports.

Le texte prévoit enfin, pomme de discorde annoncée, l’introduction d’un stationnement payant pour les deux roues motorisés au centre-ville. Une logique qui attendra, en zone 2, que l’offre de stationnement soit suffisante, mais qui s’appliquerait dès l’entrée en vigueur de la loi en zone 1, par le biais d’un macaron annuel. Son prix? «Une vingtaine de francs», avance Eric Stauffer. Le produit de cette taxe devant servir à financer de nouvelles places de stationnement.

Voté par 9 oui, 4 non et deux abstentions en Commission des transports, le paquet ficelé – salué par le conseiller d’Etat Luc Barthassat – ne tient qu’à un fil, souligne le socialiste Thomas Wenger: «Nous avons réussi tous ensemble à tricoter une jaquette. Si quelqu’un tire un fil ici où là, la jaquette va se retrouver en pelote et la guerre des transports repartira de plus belle». Sachant qu’en commission, deux des quatre non et une abstention sont à mettre au compte du PLR et que le débat en plénière s’annonce nourri, la jaquette a déjà du souci à se faire.

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