Justice

A Genève, un détenu à risque obtient son visa pour la liberté

Le Biélorusse, condamné pour tentative d’assassinat, était incarcéré depuis huit ans et soumis à un traitement en milieu fermé. Les juges ont levé cette mesure institutionnelle pour lui donner une chance d’aller mieux

Il voit enfin le bout du tunnel. Après huit années d’un parcours carcéral compliqué et destructeur, Yvan*, 45 ans, va retrouver sa terre natale, sa famille et sa passion pour le travail du bois. Il pourra aussi consulter un psychiatre qui comprend sa langue et sa culture. Le Tribunal d’application des peines et mesures de Genève (Tapem) a levé ce mardi le traitement institutionnel qui maintenait l’intéressé en prison pour y soigner ses troubles et diminuer le risque d’une récidive violente. La décision prendra effet le jour de son départ pour la Biélorussie. D’ici-là, et une fois arrivé sur place, il est invité à s’investir dans une thérapie.

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Condamné à 7 ans de prison pour avoir tenté d’assassiner un compatriote à coups de marteau dans la tête alors qu’il avait bu trop de vodka et qu’il prenait sa victime pour un espion, Yvan a vu sa peine suspendue au profit d’un traitement en milieu fermé. Incarcéré depuis le 9 mars 2009 dans divers établissements romands, il n’a jamais bénéficié d’un allégement malgré les progrès attestés. Découragé par cette absence de perspectives, Yvan s’est révolté en refusant les soins et en exprimant sa colère. Le dernier incident avec des gardiens de Champ-Dollon, survenu le 31 mai dernier, l’a envoyé aux urgences avec une fracture de l’os zygomatique. De quoi motiver son transfert à La Brenaz où, dit-il, «c’est plus calme».

Une spirale négative

Pour une fois, ce n’est pas que la défense qui le dit. Même le Service d’application des peines et mesures (Sapem) reconnaît l’échec de la mesure et les effets délétères de cette impasse carcérale. Le préavis adressé aux juges précise ainsi: «Monsieur M. est entré depuis plusieurs années dans une spirale négative où la détention elle-même est devenue le facteur aggravant de son état, davantage que sa pathologie initiale […] La meilleure chance de réinsertion, et ainsi la diminution du risque de récidive, réside dans son renvoi au pays, auprès de sa famille. Toute autre solution comporte un risque de voir l’état de l’intéressé se détériorer davantage.»

Lors de l’audience du Tapem, Yvan a exprimé son désir de sortir de cette situation. «Je ne pense qu’à rentrer chez moi au plus vite. Je sais que j’ai besoin d’être suivi. Parler à un médecin biélorusse me permettra de communiquer en profondeur et de comprendre des choses.» Comment voit-il son avenir? «Avant toute chose, je veux aller me promener dans une forêt.» Après tant d’années d’enfermement, cela est bien compréhensible, fait remarquer son frère. Venu spécialement du Canada pour le soutenir, ce dernier précise qu’Yvan ira habiter chez ses parents, qu’il a une fille de 17 ans sur place, qu’un travail de menuisier l’attend et qu’un docteur se penchera sur ses démons.

L’espoir est ailleurs

Tout cela est encore trop flou, estime le procureur Olivier Lutz en s’opposant à cette libération et à ce départ. «Cette solution est sans doute la moins problématique pour la Suisse mais elle ne fait que déplacer géographiquement le risque de le voir récidiver», a relevé le Ministère public, non sans se référer au préavis pessimiste de la Commission d’évaluation de la dangerosité. A la défense, Me Saskia Ditisheim a plaidé l’échec du traitement et l’absence d’établissement approprié. «Aucun ne veut de lui.» L’avocate a demandé aux juges de faire confiance à Yvan et de mettre fin à cet engrenage qui le pousse à bout.

L’argument a porté. Sans conclure que la mesure est vouée à l’échec, le Tribunal reconnaît que les choses ne se passent pas bien ici et que les chances de succès d’un traitement, désormais ambulatoire, sont meilleures dans le pays d’origine. Yvan devra s’y soumettre et envoyer des attestations au Sapem. Une solution contre laquelle le parquet renonce à recourir.

*Prénom fictif

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