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Le président équatorien Teodor Obiang Nguema Mbasogo, père de Justo et Teodoro Obiang, tient un discours à son arrivée à l'aéroport de Viru Viru, Novembre 2017.
© David Mercado/Reuters ©

Genève

A Genève, un fils Obiang emboutit une voiture de police et s’enfuit

Justo Obiang, un des fils du président de Guinée équatoriale, a tenté d’échapper à un médecin à son domicile d’Anières. Il a percuté deux voitures, dont l’une occupée par des enfants, et a disparu. Le Ministère public genevois a ouvert une procédure pénale

La justice genevoise a déjà fort à faire avec le fils aîné du président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang, sous enquête pénale pour blanchiment d’argent. Depuis mardi, elle s’occupe aussi de son frère Justo, 31 ans, mais pour d’autres motifs, a appris Le Temps: il est poursuivi suite à une folle embardée pour, entre autres, violation fondamentale des règles de la circulation routière. L’homme n’aurait pas encore été retrouvé.

L’affaire a ému la commune d’Anières et aurait pu tourner au drame. Mercredi 27 juin, la police intervient au domicile de Justo Obiang, une belle maison route d’Hermance, dont il est propriétaire depuis 2014. Selon nos informations, le médecin présent souhaitait le faire hospitaliser pour de graves troubles. Manifestement, il ne parvient pas à convaincre et à maîtriser le patient. «L’homme a alors pris le volant de sa Range Rover et tenté de prendre la fuite, explique Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise. Il a poussé la voiture de police présente sur trente mètres, laquelle a violemment percuté une autre voiture occupée par une dame et ses deux enfants.» Ceux-ci ne sont pas blessés, même si fortement choqués. Mais cette seconde voiture accidentée n’arrête pas le conducteur forcené qui prend la direction de la France. Son véhicule sera retrouvé dans un champ un peu plus tard et mis sous séquestre. Un ordre d’arrestation provisoire est émis, selon la police.

«Nous avons reçu des messages d’habitants»

D’après nos informations, l’homme n’a toujours pas été retrouvé. Selon une source, il pourrait avoir trouvé refuge auprès de l’ambassade de Guinée équatoriale à Paris. «Une procédure pénale est en cours et le Ministère public n’entend pas faire de commentaires», note Henri Della Casa, porte-parole du Ministère public genevois. Justo Obiang, malade, a été placé sous curatelle il y a un mois. Contacté, son curateur, l’avocat Mike Hornung, explique avoir été informé de l’affaire mais n’a pas souhaité faire de commentaire. Le maire d’Anières, Antoine Barde, a lui aussi été mis au parfum: «Nous avons reçu des messages d’habitants se demandant ce qui se passait, et la police nous a communiqué les faits.»

Lire aussi: Ces Suisses qui ont géré l’argent mal acquis du clan Obiang

Justo et son frère jumeau Pastor ont grandi en Suisse et en ont acquis la nationalité. Ils ne sont donc pas au bénéfice du statut diplomatique. Nés en 1986, ils ont fréquenté les bancs du Collège du Léman, à Versoix, puis de l’Institut Le Rosey, à Rolle. Si, contrairement à leur frère Teodorin, vice-président de Guinée équatoriale, les jumeaux n’ont pas de fonction officielle au sein du pouvoir, ils ne sont pas loin des hautes sphères, le clan Obiang maîtrisant toutes les ressources du pays. Selon une enquête de la Tribune de Genève d’octobre 2017, Justo dirigeait alors une société de stockage et de distribution de pétrole, Pastor s’occupait d’un opérateur téléphonique et dirigeait une des plus grosses firmes industrielles du pays, Teodorin gérait un poids lourd du commerce du bois.

En 2017, ce dernier est condamné à Paris à 3 ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende dans l’affaire des «biens mal acquis», un jugement contre lequel il a fait recours. L’enquête avait été ouverte à la suite de plaintes d’ONG dénonçant son énorme patrimoine immobilier et mobilier, alors que la Guinée équatoriale est un des pays les plus pauvres du monde. Leur père, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, figure au classement Forbes des personnalités les plus riches du monde, régnant sur le pays depuis 1979, l’année où il renverse son oncle.

Lire aussi: «Biens mal acquis»: le fils Obiang obtient un report de son procès

La France n’est pas seule à s’intéresser au patrimoine des Obiang. Genève a aussi ouvert une enquête en 2016 contre Teodorin, portant notamment sur l’acquisition suspecte de deux yachts, dont la gestion était confiée à une société genevoise. Dix bolides de luxe lui appartenant étaient aussi saisis sur le tarmac de Genève Aéroport (dont une Bugatti Veyron, une McLaren P1, une Koenigsegg One, existant en sept exemplaires seulement). Le parquet genevois a aussi saisi dans des garages de Genève et Nyon 13 autres voitures de prix, Ferrari, Lamborghini, Rolls-Royce et Bentley. La Guinée équatoriale avait fait recours contre ces séquestres, arguant qu’il s’agissait de voitures officielles du pays. Un argument peu convaincant aux yeux du Tribunal fédéral, qui a confirmé le bien-fondé du séquestre.

Lire aussi: Enquête Teodorin Obiang: un procureur genevois récusé

Mais c’est au volant d’une moins onéreuse Range Rover que Justo a pris la fuite. Pour échapper sans doute à une hospitalisation dont il ne voulait pas, et démolissant une voiture de police et celle de ses voisins dans sa rage, sa panique ou son délire. Un drame personnel qui a failli en provoquer d’autres. Et qui rallonge sur un autre registre la liste des différends qui opposent la République à ce clan tumultueux.

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